Jusque-là le procès-verbal dressé par le commandant français était expédié au commandant anglais. Celui-ci faisait une enquête, puis il rédigeait un rapport de l'affaire au gouverneur. À la fin de la campagne toutes ces pièces formaient un dossier qui était alors transmis au Foreign office, où l'on n'a sans doute jamais eu le temps de les lire.

Absolument, il fallait changer ce système. Nos pêcheurs se dégoûtaient de venir se créer des ennuis sur le French shore. Depuis vingt ans le nombre de nos goëlettes avait diminué sur les lieux de pêche d'une façon effrayante. Et puis, chaque jour plus arrogants parce qu'ils restaient impunis, les Terre-Neuviens ne tenaient aucun compte des traités; ils les niaient.

D'après eux, les traités ne nous accordaient pas le droit exclusif, mais seulement la pêche sans concurrence. Et ce n'était pas faire la concurrence, disaient-ils, que d'occuper nos baies, lorsqu'elles ne l'étaient pas à l'avance par nous. Notre situation déjà si compromise menaçait de se perdre tout à fait.

Il fallait au plus vite affirmer très-haut nos droits, avoir l'air de faire des concessions au lieu de subir une force.

Cette heureuse entente qui existait pour la première fois entre l'agent des affaires étrangères et celui de la marine pouvait faire espérer les meilleurs succès. Elle tomba pourtant à rien par la force d'inertie du gouverneur qui se dérobait par un simple accusé de réception, en ajoutant qu'il saisirait le gouvernement colonial de la question.

Et le train roulait toujours!

Je m'arrête, moi, car, peut-être serait-ce trop en dire sur des faits qui n'ont encore reçu aucune publicité.

Du reste, à quoi bon recommencer un procès plus que séculaire et qui depuis cinquante ans surtout a provoqué la réunion de conférences aussi vaines que nombreuses?

La dernière, composée de plénipotentiaires anglais et français s'est donné rendez-vous à Paris en février 1884. Naturellement on s'est séparé sans avoir pu s'entendre.

Cependant, les mêmes plénipotentiaires ont été convoqués de nouveau au mois d'avril suivant. La France et l'Angleterre ont fini par tomber d'accord et donner leur adhésion à un traité. Mais celui-ci ne peut avoir de valeur que ratifié par le gouvernement de Terre-Neuve; et la ratification n'est pas encore venue.