Car, immolant toujours à la sainte routine, au lieu de chercher d'abord à traiter avec Terre-Neuve et de s'arranger ensuite avec l'Angleterre,—seule voie capable d'aboutir à de sérieux résultats,—le gouvernement français a préféré garder de son côté toutes les chances d'échouer comme par le passé.

La vanité n'est-elle donc pas extra-humaine, qui tient au ventre les gens de Terre-Neuve, pour qu'il soit si malaise de la comprendre et de chercher à l'exploiter? N'est-il pas très-naturel qu'un petit pays qui peut dire non le dise, quand cela ne serait que pour témoigner qu'il est capable de braver impunément deux grandes nations?

Il fallait donc aller d'abord à lui, le flatter par une démarche directe. Il fallait lui reconnaître tout ce qu'il nous a pris en ayant l'air de le lui accorder par pur esprit de conciliation. Et puis, disons-le, quelques pots-de-vin, comme dernier argument, en considération du voisinage des États-Unis,—et l'on aurait, sans doute, beaucoup obtenu.

Trop heureuse ensuite d'adhérer, la vieille Albion!

Ah bas! il faut suivre les errements traditionnels!

Et la République, par amour de la tradition! court à un nouvel échec diplomatique, bien fait, n'est-ce pas? pour affirmer aux Terre-Neuviens toute leur force et les encourager à se montrer toujours plus exigeants.

Alors on inondera de plus en plus le gouverneur de protestations indignées, auxquelles il sera certainement assez courtois pour répondre par un banal accusé de réception, délicatement noué de faveurs bleues.

Mais, sur le pont de la frégate, des coups de sifflet retentissent, une voix crie des ordres, et un peloton vient là se ranger l'arme aux pieds: c'est la baleinière du commandant qui accoste.

Le voici lui-même: on présente les armes.

C'est déjà une vieille connaissance; aussi profitons de son invitation pour le suivre chez lui.