On pénètre sous la dunette où l'on traverse d'abord la salle à manger, puis on débouche dans le salon.
Il est grand, confortable, avec ses divans rouges le long des parois, et ses fenêtres à l'arrière qui ouvrent à deux battants sur le balcon.
«Lisez cela», nous dit-il, en nous tendant un journal. C'est l'Evening Mercury, l'organe officieux du gouvernement colonial.
Quand je lui ai rendu la feuille:
«Vous vous rappelez bien ce qui s'est passé? Vous avez lu les nombreux rapports anglais et français qui ont été rédigés sur l'affaire et qui peuvent tous se résumer ainsi:
Dans une baie du French shore déjà occupée par un de nos pêcheurs, trois bateaux de Terre-Neuve sont venus pour prendre la morue. Le Français les a inutilement sommés de se retirer. Les sujets anglais ont commencé leurs préparatifs de pêche. Alors le patron français a résolu de s'y opposer en les dépouillant de leurs engins, et en enlevant leur gréement à leurs embarcations. Son but, en prenant cette dernière mesure, était de mettre les délinquants dans l'impossibilité de s'enfuir, tandis qu'il enverrait à la recherche d'un bâtiment de guerre, anglais ou français, pour faire constater le délit. Il réussit en effet dans son entreprise, mais non sans avoir eu le crâne fendu par un des patrons terre-neuviens, qui, se voyant pris, lui asséna brutalement un coup de gaffe sur le crâne.
Un navire de guerre arriva après quelques jours. Une enquête minutieuse fut menée. Le patron terre-neuvien s'avoua lui-même coupable. En outre, il était en contravention pour monter une goëlette sans aucun nom inscrit à l'arrière.
À son tour, le commandant anglais fit examiner l'affaire, et de nouveau l'indigène avoua ses torts.
Mais tout cela traduit en anglais signifie: que le Terre-Neuvien est innocent comme l'enfant qui vient de naître, et que le Français n'a pas volé le mauvais coup qu'il a attrapé.
—Oui, commandant, pour qui n'a lu que l'article de l'Evening Mercury il n'y a pas d'autre opinion possible.