C'est ainsi qu'en attendant sa consécration, l'église fut inaugurée. Mais au nombre des convives, il y avait trois prêtres très-disposés à nous donner l'absolution.
Voilà un nouveau prétexte à observations de moeurs, et je veux en noter quelques-unes encore avant que l'instant arrive,—instant si désiré!—d'écrire «FIN» à la dernière page de mon journal.
D'abord, on remarquera que c'est le P. Galveston, beau-frère du P. Saint-Jacques, qui, de concert avec celui-ci, avait organisé notre excursion. L'élément féminin, loin de faire défaut, était représenté d'une manière charmante. Pendant trois jours, en voiture, en bateau, à pied, à table, tout le monde s'est réuni ou dispersé avec la plus complète liberté d'allures.
Vous le trouvez extraordinaire? Sans doute vous avez des raisons pour cela. Là-bas, personne n'y voit de mal. Je ne connais pas de clergé plus tolérant ni plus respecté, prenant une si grande part au commerce de la vie matérielle et jouissant d'une si haute réputation de sainteté. Là-dessus je n'insiste pas: j'en ai suffisamment parlé ailleurs.
Mais j'ai trouvé saisissant ce détail d'un plaisir uniquement temporel partagé sans hésitation ni surprise entre le prêtre et le fidèle.
Ce n'est pourtant pas un parti pris chez moi de tout approuver des moeurs anglo-américaines. Loin de là.
J'ai même été fort choqué de l'incident qui eut lieu un soir au bal chez une jeune femme charmante: tout à coup il se fit du vacarme dans l'escalier. J'allai voir: c'était le commandant d'un croiseur anglais qui, sous prétexte que son domestique avait une dispute avec un autre, se battait avec ce dernier.
7 septembre.—J'ai failli m'étonner ce matin en recevant de miss Esther un billet ainsi conçu: «...Voulez-vous être assez aimable pour nous accompagner, ma soeur et moi, à bord du Tenedos? Mon père et mon frère sont obligés de s'absenter...» Il s'agissait d'une sauterie qui devait avoir lieu dans la journée à bord du croiseur commandant la station anglaise.
Je me hâtai d'accepter, très-fier de mon rôle, et quelques heures après nous montions en bateau et débarquions tous les trois sur le pont du Tenedos. Je laissai aussitôt mes deux jeunes filles s'envoler chacune de son côté, et, apercevant miss Lilia, je m'assis avec elle, pour causer, dans l'embrasure d'un sabord. Elle aussi était venue seule avec des amies dont les parents étaient de même restés à la maison.
J'aimais surtout à flirter avec Lilia. J'y trouvais un charme singulier. Ce n'était ni de l'amour ni de l'amitié, mais quelque chose de plus suave que l'amitié et de moins indiscret que l'amour.