Dans le jardin désert j'entends la hache fendre
Le saule où roucoula la colombe envolée;
Les roses ont fleuri l'ombre du mausolée,
Et le ruisseau s'attarde et le banc semble attendre.
Un souvenir s'accoude au dossier des fauteuils;
Un pas résonne encor sur le marbre des seuils;
Un fantôme au miroir vient sourire et s'efface.
Le bassin se tarit, et les feuilles au fond
Dessinent, sous l'eau noire où leur or s'entrelace,
La couronne d'un chiffre et la lettre d'un nom.
L'ABANDON
Le carrosse d'or roux, la chaise, le sabot
Qui piaffe au pavé clair et sonne sur la dalle,
N'animent plus la cour vaste, vide et royale
Où se sont tus les pas, le fouet et le grelot.
La porte s'entrebâille et le volet se clôt;
Le vent use, tout bas, la pierre jaune et pâle;
Le silence engourdi crispe de salle en salle
Ses deux ailes de cendre et sa bouche d'écho.
La fontaine qui chante en gouttes dans la vasque,
Ni le faune qui rit sous le marbre du masque,
Ni le vase fleuri, ni les blanches statues
N'ont pu faire s'entresourire l'un à l'autre,
Lui qui porte un miroir, elle qui s'y voit nue,
La Solitude assise et le Passé qui rôde.
INTÉRIEUR
Le Temps sentencieux et le muet Amour
Se tiennent côte à côte et debout devant l'âtre,
Et l'on voit se croiser dans le miroir verdâtre
La faulx vaine du Temps et l'aile de l'Amour.