Qu'il éblouisse l'ombre ou couve sous la cendre,
Au geste de l'Amour comme aux doigts de Psyché,
Qu'il monte la montagne ou qu'il la redescende,
Qu'il soit lampe, foyer, flambeau, torche ou bûcher,
Sa flamme inextinguible, éternelle et divine,
Ira jusques au fond des siècles à venir.
Que le souffle la courbe ou que le vent l'incline,
Car elle est immortelle et ne peut pas finir;
Puisque l'âme de l'homme en elle se consume
Et qu'elle est née en lui de ce jour enchanté
Où, sereine et debout devant son amertume,
Apparut à ses yeux ton image, ô Beauté!
Ton doigt blanc s'est posé sur son coeur qui palpite
Et qui bat à jamais et qui brûle en son sein,
Et depuis lors un Dieu mystérieux l'habite,
Et l'éclair a jailli qui ne s'est plus éteint.
* * * * *
Et maintenant bûcher, gronde, rougeoie, éclate.
Change la feuille en flamme et la branche en tison
Et dresse les cent noeuds de ton hydre écarlate
Dont les langues d'or clair dévorent l'horizon!
Celui qui rassembla ta masse formidable
A détourné le fleuve à travers la forêt
Et, comme au seuil des temps son frère de la Fable,
Une course éternelle a tendu son jarret.
Le lion a rugi sous sa massue ardente;
Il empoigna le noir sanglier par son crin
Et, du fauve farouche à la bête fumante,
Ses pieds nus ont rejoint la biche aux pieds d'airain;
Mais, au lieu de percer de sa flèche intrépide
L'engeance aux rauques cris du lac aux noires eaux
Et de saisir, fougueux, l'étalon par la bride,
Il a forcé les Sons, il a dompté les Mots.
Ils ont autour de lui dansé comme des Faunes.
Les Nymphes ont souri de sa témérité
Et, grave, il a tressé d'immortelles couronnes
Et des guirlandes d'or au front de la Beauté.