Sa main forte a cueilli les pommes à la branche
Du jardin bleu gardé par le Dragon rampant.
La neige de l'hiver fleurit sa barbe blanche,
Et sa lyre d'ivoire a des cordes d'argent.
Plutôt que de dormir sous le marbre et sous l'herbe,
O flamme, prends sa chair et consume ses os;
Donne à cet autre Hercule et qui dompta le Verbe
Le bûcher mérité par ses Mille Travaux!
ODE ET POÉSIES
ODE
O vous que j'ai aimée aux jours de ma jeunesse
D'un sombre amour,
O Forêt, vous étiez la soeur de ma tristesse
Et son séjour!
Lorsque le renouveau de vos feuilles naissantes
Chantait au vent,
Que l'Automne parait vos cimes bruissantes
D'un or mouvant,
Quand, fraîche d'espérance et lourde encor de gloire,
Votre beauté
Paraissait tour à tour l'annonce ou la mémoire,
De votre Eté,
Au lieu d'unir mon coeur à votre âme profonde
Mêlée en lui,
Je vous portais mes pleurs et ma peine inféconde
Et mon ennui.
Je ne respirais pas votre odeur saine et forte,
A plein poumon;
Il me semblait partout traîner des feuilles mortes
A mon talon.
Vous étiez patiente au bruit sous la ramée
De mon pas lourd;
Pardon de vous avoir, ô ma Forêt, aimée
D'un sombre amour!