«N'allume pas pour lui le bûcher ni la torche;
Le grand Pan ne veut pas les brebis qu'on écorche,
Ni le jeune taureau,
Ni la blanche génisse et la plaintive agnelle
Dont la gorge entr'ouverte au sang qui en ruisselle
Râle sous le couteau.
Ne choisis pas non plus pour charger ta corbeille
Le fruit de l'espalier ni le fruit de la treille,
Epargne à ta moisson
D'en prélever pour lui sa gerbe la plus ronde;
Pas plus que le miel roux ou que la cire blonde
Pan n'aime la toison
Des bêtes que poursuit le vol clair de la flèche
Ou que prend en ses lacs, caché sous l'herbe fraîche,
Le piège secret,
Ni l'écaille diverse, incertaine et changeante
De celles que ramène aux mailles qu'elle argente
La nasse ou le filet.
Non, mais va simplement au bord de cette source
Au milieu du bois frais et, sans suivre sa course
Qui la change en ruisseau
Dont le murmure nu s'étire sous les feuilles,
Penche-toi sur son onde, ô mon fils et y cueille
La tige d'un roseau.
Car Pan, le dernier Dieu de la terre vieillie,
Car Pan qui va mourir et qui déjà oublie
Qu'il est encor vivant,
Aime entendre monter au fond du crépuscule
Le chant mystérieux que disperse et module
La flûte dans le vent.»
INSCRIPTIONS LUES AU SOIR TOMBANT
LE SOMMEIL
Penses-tu que ces fleurs, ces feuilles et ces fruits,
Et cet âpre laurier plus amer que la cendre,
Penses-tu que mes mains pour eux les aient cueillis?
Si j'ai mêlé tout bas à l'onde des fontaines
Les larmes que leur eau pleure encore aujourd'hui,
Crois-tu que j'ignorais combien elles sont vaines?
Si, debout, j'ai marché sur le sable changeant,
Était-ce pour marquer mon pas sur son arène,
Puisqu'il n'en reste rien quand a passé le vent?