— Elle-même, Monsieur.
— Je suis Georges Elpémor, Mademoiselle… Vous avez, je pense, d’autres bagages que ces deux valises ?
— Oui, Monsieur, j’ai une troisième valise et une petite malle.
— On viendra les chercher demain matin. Le paysan aujourd’hui avait à faire. Voulez-vous m’accompagner, Mademoiselle ?
Un tonneau attendait devant la gare. Elpémor gratifia de menue monnaie le nonchalant commissionnaire adossé au mur qui tenait la bride sous son bras et aida la jeune fille à s’installer.
— Nous en avons pour une demi-heure, annonça-t-il. Je déteste aller vite quand il fait beau. D’ailleurs, la promenade n’est pas déplaisante !
Mlle Dimbre inclina distraitement la tête. L’équilibre de ses sacs la préoccupait. Quand Georges fut monté, elle saisit les rênes et contint l’impatience du petit cheval, tandis que son compagnon, debout près d’elle, achevait de disposer le léger bagage.
Il faisait encore chaud, mais l’après-midi touchait à sa fin et le soleil déjà n’était plus une gêne. Le poney partit d’un bon pas. Elpémor le laissait user sa fougue, écoutant avec politesse la jeune fille qui lui racontait son voyage, à demi tournée. Elle parlait posément, sans aucun geste, en personne détachée d’un récit banal, cependant poursuivi, faute de mieux. A Marseille, retardée par des achats, il s’en était fallu de peu qu’elle manquât son train.
— C’eût été stupide ! conclut-elle, sans même une allusion au vain dérangement que sa négligence aurait pu imposer à Georges.
Puis elle se tut. Légèrement accoudée, le menton sur sa main gantée de gris sombre, elle regardait filer les troncs des platanes, peu curieuse en apparence de cette jolie ville où elle venait cependant pour la première fois.