— Monsieur, lui répondit-elle, je m’en vais !

Georges posa sur elle un regard stupide et la pria de répéter ce qu’elle avait dit.

— J’ai fini par comprendre, ajouta Lola, que ma présence ici n’était plus possible.

Invitée à s’expliquer, sur un ton brutal, par un homme que soudain trahissaient ses nerfs, elle invoqua des scrupules concernant sa tâche et le souci d’une discrétion sévèrement gardée, mais qu’elle avait à tout moment l’impression d’enfreindre. L’antipathie, l’aversion de Denise, manifestes, disait-elle, dès le premier jour, n’avaient fait depuis qu’empirer. En vain, par dévouement, avec l’espoir de réussir à se concilier la jeune femme, s’était-elle armée de patience. Leurs conceptions pédagogiques et leurs caractères se trouvaient en opposition trop formelle. Reconnaissante à Georges de son appui, d’autant plus contrariée de le décevoir que certaines circonstances, révélées d’un mot, lui en avaient souligné l’étonnant mérite, elle renonçait à prolonger par sa résistance un différend qu’elle devinait tous les jours plus âpre, comme à demeurer sous un toit où elle n’était que tolérée par son hôtesse même.

Georges avait écouté sans interrompre. Quand la jeune fille se tut, il se leva et se mit à parcourir fiévreusement la pièce, les poings serrés derrière le dos, la mâchoire violente.

Tout à coup, s’arrêtant près d’une fenêtre :

— Il est impossible, dit-il, que vous partiez !

— Il le faut, au contraire, répondit Lola.

Son accent n’était empreint d’aucune amertume. Fermement appuyée des deux épaules au retour de la bibliothèque de bois sombre sur lequel se détachait sa brillante crinière, elle ne s’était jamais montrée plus imperturbable. Son noble et dur visage semblait d’une statue. Sa posture même avantageait la ligne de son buste emprisonné dans un corsage de batiste mauve que soulevait à temps égaux sa respiration.

Georges revint sur elle et la contempla.