L’abbé la releva et la fit asseoir.
— Calmez-vous, mon enfant ! prononça-t-il. Quelle que soit l’étendue de votre faute, l’indulgence et le pardon vous sont assurés si vous la déplorez sincèrement.
Un air de foi mélancolique flottait sur ses traits. Denise le regarda sans d’abord comprendre. Et soudain, la cinglant au plus pur d’elle-même, la naïve injustice de cette parole fit éclater avec l’accent de l’indignation sa protestation d’innocence. Mais déjà le désespoir reprenait en elle son terrible avantage un instant perdu. Hoquetante et volubile, remontant à l’arrivée de la gouvernante et rapprochant ses perfidies d’aspirante maîtresse de ses méfaits d’éducatrice violente et jalouse, elle dépeignit le lent travail qu’elle avait conduit pour s’emparer de la confiance et du cœur de Georges. Aucun détail ne lui semblait assez peu frappant pour pouvoir être négligé par l’esprit du prêtre. Toutes ses transes, tous les soupçons qu’elle avait conçus et qu’avaient successivement ébranlés, détruits, les plus hypocrites précautions, furent exposés par elle d’une voix qui tremblait. Lorsqu’enfin elle arriva à la scène atroce où Georges, démasqué, surtout las de feindre, avait cyniquement avoué sa faute, ses sanglots éclatèrent avec tant de force que ses paroles ne rendirent plus qu’un bruit indistinct.
Le prêtre avait baissé la tête sous cette explosion ; il la secouait à petits coups qui marquaient son trouble et ne la relevait que de loin en loin pour murmurer douloureusement entre deux soupirs :
— Je vous plains, ma chère fille !… Ah ! comme je vous plains !
— Maintenant, que dois-je faire ? questionna Denise provoquant avec une sorte d’avidité la réponse qui allait sortir de cette bouche.
L’honnête regard embarrassé de l’abbé Crémières implora le crucifix suspendu au mur.
— Vous résigner, mon enfant ! dit-il enfin. Il faut vous résigner et prier beaucoup ! Vous vous devez en premier lieu à votre cher fils, ensuite et malgré tout à votre mari recommandé à votre cœur par ses erreurs mêmes.
— Il va peut-être me quitter, emmenant cette fille ! s’écria Denise en pleurant.
— La chose n’est pas certaine, mais son aveu doit l’y pousser, la passion l’aveugle, et elle est, hélas ! fort possible. Qui sait, d’ailleurs, si cette pensée justifie vos larmes ? Dieu n’éprouve à demi que les âmes communes. C’est à ses coups profonds que celles qu’il distingue ont l’infini bonheur de se reconnaître. Même si votre mari quittait sa maison, votre devoir serait de remercier Dieu et d’attendre avec confiance l’heure fixée par lui pour seconder les intentions de sa Providence.