— Luynes ! dit Elpémor.
Il désigna sur la droite un fort bouquet d’arbres.
— Et par ici la Cagne, ajouta-t-il… Nous serons arrivés dans trois minutes.
Le chemin de traverse était mauvais et le petit cheval dut marcher au pas. Le bruit de ses sabots, le roulement heurté de la charrette souple troublaient seuls, avec des cris résonnant au loin, la pacifique splendeur pleine de promesses de cette fin de jour provençale. Légèrement inclinée vers la croupe du cob, la jeune fille, dont les doigts tourmentaient une fleur, essayait de distinguer une habitation dans la masse touffue du bosquet. Elpémor alluma une cigarette et s’adossa nonchalamment au fond du tonneau.
Bientôt ils atteignirent une allée couverte. Il y faisait obscur et presque frais. Après deux ou trois coudes à peine sensibles, elle débouchait sur une terrasse également plantée où déjà la petite voiture s’engageait lorsqu’enfin la demeure se dessina.
— Ma chère amie, voici Mademoiselle Lola Dimbre, dit Elpémor à une jeune femme qui s’était levée et venait à leur rencontre à travers les arbres.
Lola reçut dans la sienne une main timide et répondit au beau sourire d’un visage pensif. Les valises l’empêchaient de sauter par terre. Debout dans la charrette, tandis qu’un domestique supprimait l’obstacle, elle rassura, en quelques mots, Denise Elpémor qui craignait que le voyage ne l’eût fatiguée.
— Et Claude, demanda Georges, où donc est-il ? Peut-être aurait-il pu se trouver présent. C’eût été, de sa part, simplement poli !
— Il a attendu, dit la jeune femme ; mais la patience, tu sais, n’est pas son fort et il s’est décidé tout à l’heure à retourner jouer.
— Ah ! parfait !… Dès l’instant qu’il s’est décidé !…