— Sot ! dit-elle en se penchant et tendant ses lèvres.

Il les reçut entre les siennes, la saisit par le cou, parut se dilater de béatitude à respirer sur elle son parfum.

— Je ne veux pas, dit-il, que vous partiez ! Vous m’êtes plus nécessaire que le pain et l’eau…

— Vraiment ? fit la jeune femme.

Elle se mit à rire.

— Laissons-là ce projet puisqu’il vous offusque ! Il n’en a d’ailleurs été question que par votre faute ! Plus je vous étudie, mon pauvre loup, plus je vous trouve de ressemblance avec les enfants. Il vous faut la menace de la punition. Si je n’avais pas tout à l’heure élevé la voix, vous seriez encore dans vos rêves.

— Auriez-vous réellement fait ce que vous disiez ? lui demanda-t-il naïvement, l’esprit trop occupé de ses moindres mots pour la soupçonner d’une manœuvre.

— Cherchez plutôt, répliqua-t-elle avec coquetterie, si vous me l’auriez laissé faire ! Mais nous épiloguons, nous perdons du temps, et votre femme peut rentrer d’un moment à l’autre. Je ne sais pas quelle attitude elle aura choisie. Il convient qu’elle nous trouve en parfait accord.

Redevenue sérieuse, presque sévère, la jeune femme avait pris place à côté de Georges et, de sa main posée câlinement sur lui, elle le maintenait étendu. Le visage qu’elle lui montrait le rendait sans force. Peut-être, un court instant, un réveil du sens moral s’était-il produit chez cet amoureux dominé et avait-il entr’aperçu ce que sa passion créait déjà autour de lui de malheur injuste. Mais il avait suffi d’un mot de Lola, du flamboiement dans ses prunelles d’une lueur d’orage, pour le rejeter brusquement dans son inconscience. Il y était gardé par elle et s’y trouvait bien. Ce serait peu de dire qu’elle lui imposait : comme on retire à un enfant un paquet d’épingles, elle le dépouillait des éléments de sa volonté pour projeter dans son cerveau l’influx de la sienne.

Il l’écouta donc sans surprise. Elle se déclarait lasse de tenir un rôle à la longue humiliant et toujours ingrat. Tant que les circonstances l’y avaient contrainte, elle avait su dissimuler ce qu’elle en souffrait. Mais la situation venait de changer. A présent que Denise était instruite, tout nouveau ménagement pris envers elle aboutirait à lui donner un regain d’espoir. Elle y verrait le signe d’une hésitation. Et comme, régulièrement, elle serait déçue, à chaque instant éclateraient des scènes de violence dont le premier effet, le plus bénin, serait de raviver sa blessure intime. La maison deviendrait bien vite un enfer.