— Nous nous sommes mis, murmura-t-il, dans de jolis draps…
Lola lui répondit avec arrogance :
— Je ne vous empêche pas de refaire le lit !
Son amant leva sur elle des yeux si stupides qu’elle ne put réprimer un léger sourire.
— Mais oui ! poursuivit-elle en s’adoucissant. M’auriez-vous jamais prise pour une de ces femmes dont l’amour, devenu caduc, se cramponne comme les vieillards des îles de l’Océanie à la cime du cocotier que secouent leurs fils ? J’avoue ne pas me voir troublant un ménage sans le gré, tout au moins, de l’une des parties. Il se peut qu’un jour vienne où je l’essaierai : mais alors, mon ami, je serai moins jeune !
Elle s’arrêta devant la glace, le buste incliné, un genou sur le bord du profond divan, et, dégageant du coude au pied, par un geste heureux, la ligne provocante de son corps, feignit d’arranger sa chevelure.
— Lola ! soupira Georges.
Elle reprit, sans paraître avoir entendu :
— Exprimez-en le désir et je pars demain : le temps de recevoir votre aimable femme et de vous rendre à elle avec mes excuses…
A peine agrémentée d’ironie légère, sa voix, dont elle usait comme d’un excitant, sonnait d’un timbre égal qui lui fit plaisir. Elle essaya, dans le miroir, de distinguer Georges. Mais il était déjà près d’elle, lui touchait la taille, balbutiait, le visage contre sa jupe, des protestations éperdues. Comme il cherchait à l’attirer, elle se défendit. Ses doigts pressés se dégagèrent par un lent travail, son regard s’abaissa vers cet orgueilleux que moralement elle dominait avec certitude, comme à cette minute physiquement. Et elle le vit sur les coussins, la figure défaite, qui la contemplait, replié, avec l’ardeur d’un malheureux que tourmente la soif.