— Mais qui s’amende, répliqua-t-elle avec énergie, lorsqu’il sent derrière lui son conducteur !
Il inclina la tête à plusieurs reprises, dominé, comme toujours, par ce rude accent, en outre, intimidé par le choix des mots. Cet effet obtenu, elle s’adoucit. Commençant, d’une voix grave, à le questionner, le suivant dans ses retraites et l’en délogeant avec autant d’opiniâtre persévérance que de connaissance de ses ruses, elle entreprit méthodiquement d’arracher l’aveu qui fournirait à son attaque un terrain solide.
— Eh ! bien, soit ! finit-il par lui concéder, notre nouvel état m’est insupportable !
— Est-ce une raison, demanda-t-elle, pour ne plus rien faire ?
— C’en est une d’y penser très fréquemment. Quand je n’ai pas une complète liberté d’esprit, il m’est aussi impossible de travailler que si je souffrais par accès d’une blessure physique.
Elle se leva, lui prit la tête, la berça contre elle. Impitoyable à son amant lorsqu’il la bravait, capable alors, tant l’orgueil inspirait ses actes, de le sacrifier par dépit, elle lui rendait toute sa tendresse au moindre abandon. Les mots câlins qu’elle sut choisir coulèrent sur ses craintes. Ce qu’elle devinait d’inquiétant, de critique en lui, c’était la rupture d’un équilibre jusque-là maintenu par les circonstances. Georges s’en trouvait désemparé. Son égoïsme hésitait entre deux appuis, de nature toute différente, d’attrait inégal, mais de consistance, lui semblait-il, pareillement douteuse, incertain si le plus terne et le plus discret n’était pas en même temps le moins précaire.
— Lorsque j’étais petite, dit-elle enfin, je m’appliquais de mauvaise grâce et n’aimais qu’à jouer. Alors, pour que la tâche me parût moins lourde, on encadrait au crayon bleu le fragment de fable qu’il me fallait apprendre par cœur, et je l’étudiais facilement.
— Excellente précaution ! murmura-t-il.
Il taquinait un médaillon qu’elle portait au cou et la regardait sans comprendre.
Lui pinçant l’oreille, elle reprit :