— Nous avons retardé l’instant critique, mais voici que les circonstances nous l’imposent. Si vraiment vous m’aimez, comme je le crois, il faut être, mon chéri, résolu à tout !

— Ce qui signifie ? demanda-t-il.

— Que le souci de notre amour doit seul vous guider dans le choix du parti que vous allez prendre… Souvent, ajouta-t-elle avec un sourire, je vous ai représenté comme la pire des choses une solution qui nous réduirait, faute d’argent, à nous accommoder d’un état médiocre. C’était surtout par lâcheté que je m’inquiétais. Aujourd’hui, je vous supplie de compter sans moi : à quelque épreuve que nous conduise votre décision, je saurai la subir avec courage.

— Merci ! dit-il en se levant. Vous êtes délicieuse !

Le baiser qu’elle lui donna le brûlait encore lorsqu’il pénétra chez sa femme.

Denise reposait sur une chaise longue, les mains inoccupées, la face pâle et triste. Claude, installé près d’elle, jouait avec des cubes. Sur un signe de sa mère, il sortit.

Alors Denise regarda Georges et dit simplement :

— Je t’ai fait demander de venir me voir parce que je désirais connaître tes intentions.

Il s’attendait à quelque éclat, injure ou prière, dont la violence aurait provoqué la sienne. Cet accueil imprévu le déconcerta. Un instant désarmé par sa douceur, il ne put que murmurer sur un ton maussade :

— De quelles intentions veux-tu parler ?