— J’ai reçu, dit Denise, un coup terrible ! Oui, prononça-t-elle avec conviction, si stupide que cela puisse te paraître, je croyais mon martyre enfin terminé. Tu semblais prendre intérêt aux études de Claude, tu me supportais sans aigreur. Il a fallu la lettre d’hier soir pour m’ouvrir les yeux.

— Elle m’a surpris, balbutia-t-il, autant que toi-même.

— Pas de la même façon, dans tous les cas ! Au surplus, c’est un détail qui importe peu. La question que je te pose, la seule qui m’occupe, est celle-ci : quand mets-tu à la porte Mlle Dimbre ?

L’expression employée fit effet sur Georges.

— Mlle Dimbre tient à moi par des liens trop forts, articula-t-il rageusement, pour que je tolère qu’en ma présence tu te permettes de la traiter comme une domestique !

— Elle n’est, pour moi, pas autre chose, répliqua Denise ; ou, du moins, j’aime encore mieux lui donner ce nom que certains autres plus blessants et tout aussi justes.

Son intention de braver Georges était manifeste. Et soudain, devant cette femme qui osait lutter, mais qu’il savait, au fond, si faible et si lâche, il prétendit, par l’impudence, avoir raison d’elle. Se carrant dans un fauteuil et croisant les jambes :

— Domestique ou putain, déclara-t-il, Mlle Dimbre est à la Cagne par ma volonté et elle continuera de l’habiter aussi longtemps qu’il me conviendra qu’elle y reste !

— Excepté, dit Denise, si je l’en chasse ! Car enfin tu n’es pas le seul maître ici !

A son tour, elle s’animait, se piquait au jeu.