— Oui, dit-il sans bien comprendre et par soumission.
Sautant de ses genoux, elle lui prit la main, le conduisit jusqu’à la porte masquée d’indienne qui faisait communiquer sa chambre avec celle de Claude.
— Regardez ! dit-elle en l’ouvrant.
Les persiennes étaient fermées, la pièce semblait vide. Georges ne distingua qu’au bout d’un instant son fils agenouillé dans un coin plein d’ombre, les poignets réunis par une courroie, le visage tourné vers le mur.
Un vif mécontentement altéra ses traits. Il faillit s’écrier : « Quelle maladresse ! » Mais les doigts de la jeune femme étreignaient les siens et, sans qu’elle dît un mot, comme pour le dompter, ils se resserrèrent sur leur prise.
— Qu’il bronche ! menaça-t-elle en se retirant. Je commence par le fouetter de la bonne manière et je le remets dans cette position jusqu’au soir !
La phrase était moins dite pour terrifier Claude que pour en imposer à Georges hésitant. Certaine de son pouvoir, ainsi qu’un malfaiteur, pour le mieux tenir, exige d’un complice timide qu’il s’engage, elle désirait qu’il approuvât sa dernière vengeance. Quand son amant l’avait quittée, vingt minutes plus tôt, elle avait, montant chez elle, rencontré dans l’escalier le petit garçon à l’instant congédié par sa mère. Il était devenu écarlate en l’apercevant, avait baisé la main qu’elle lui tendait et répondu d’une voix tremblante à ses sèches questions.
— Ne vous ai-je pas habitué à la politesse ? Ne saviez-vous pas que j’étais de retour depuis ce matin ? lui avait-elle demandé sans préambule.
— Si, Mademoiselle.
— Comment donc se fait-il que, le sachant, vous ne m’ayez pas donné signe de vie ?