Georges fixait sur elle un regard haineux. Pareil aux fauves dont les instincts ont longtemps dormi et que la vue d’une goutte de sang incite au carnage, le spectacle de sa femme, confondue, brisée, accroissait son désir de dévastation. Soudain, pour l’achever, d’une voix sarcastique :

— Sois sans inquiétude ! lança-t-il. Ta vertueuse demeure, un instant souillée, va pouvoir être purifiée de la cave aux combles. Demain, à cette heure-ci, nous l’aurons quittée !

La nouvelle eut sur Denise l’action d’un fer chaud.

— Georges ! s’écria-t-elle.

Il s’était enfui. Comme il traversait le palier, il entendit ouvrir une porte avec précaution et vit Lola qui, de sa chambre, lui faisait signe.

— Eh ! bien ? demanda-t-elle lorsqu’il l’eut rejointe.

Il lui raconta l’entrevue : mais, par crainte d’être blâmé s’il avouait sa fougue, avec plus de prudence que de franchise, se donnant comme de sang-froid durant toute la scène, montrant Denise inébranlable jusqu’à la fin dans son exigence d’une rupture.

— Mieux vaut tard que jamais ! dit la jeune femme. Elle aura mis du temps à se révolter !

Déjà, son parti pris, trop adroite pour se soucier uniquement d’elle-même, par toutes sortes de caresses et de séductions elle s’appliquait à étourdir son docile amant. L’entreprise ne demandait pas grand effort. S’adressant à une tête chaude de rancune, Lola sentait répondre à sa moindre avance les audaces d’une bouche passionnée. Peu à peu, l’ivresse la gagna. La certitude montait en elle d’une victoire si nette qu’elle n’avait rien imaginé de plus concluant. Et soudain elle s’écria, transportée d’orgueil :

— A lutter contre moi, on est sûr de perdre ! J’ai fait connaître ici ma volonté, je l’imposerai jusqu’au bout !