Et la mort le fera chrétien,

S’il ne l’était… »

Le suis-je, mère ?…

Et le plus saint, mon répondant,

Se prosternera en tendant

Son front à ton baiser tremblant.

Effusion toute personnelle qui ne regarde pas aux termes de la Loi. On dirait, à m’entendre, que le don et le sacrifice peuvent tenir lieu de prière ; c’est ma cause que je défends. Je me sens ainsi dispensé d’invoquer le vrai Dieu et d’adhérer à sa parole. Mais suis-je dans le fond aussi sûr de mon fait, aussi exempt d’inquiétude que je le pense ? Le même jour, j’éprouvais le besoin d’écrire, pour la compagne de mon répondant, cette lettre tant différée. Entre autres choses, j’y disais : « Là où est votre Pierre, où il nous faut, me dites-vous, arriver coûte que coûte, je m’épuise à y parvenir. » Sans doute dans le but d’encourager ses espérances, exagérais-je mes efforts… J’ajoutais donc : « Mais je ne veux point de mensonge et je sais bien que je n’y parviendrai qu’en restant franc, loyal avec moi-même. Je laisse aller l’effusion, mais je ne puis pas la contraindre. Il suffit que je sache ma plus haute pensée, celle que le sacrifice de votre mari… a cultivée en moi, toujours là et riche des mêmes promesses. J’attends et j’aime. » Je réclamais ensuite de nouvelles paroles de Dupouey, « ne désirant entendre rien tant aujourd’hui ». Je parlais aussi de ma pauvre mère. Après la messe basse, j’étais allé porter au cimetière de Coxyde un bouquet de lys et de roses pour fleurir la tombe de notre ami « et pour lui confier mon amour, ma pensée, dont il serait devant elle garant[25] ».

[25] Je reçus en réponse le numéro du 26 juin de la Semaine Religieuse de Fréjus qui contenait un bel article écrit à la mémoire de Dupouey par son confesseur. Ce sera l’aliment de ma fidélité. J’en détache pour le lecteur une partie du discours prononcé par l’aumônier du 1er régiment marin, au cimetière de Coxyde. En m’envoyant ces admirables pages, Mme Dupouey ajoutait : « Que deviennent maintenant ceux dont le cœur est sans espérance ? » Mais écoutez l’abbé P… : « Oui, mes frères, c’est vrai ! Dieu seul est grand ! Mais au-dessous de cette grandeur unique et incomparable, ce qui s’en rapproche le plus, ce qui le plus en donne l’idée, non ! ce n’est pas, nous l’accordons à l’orateur sacré, non, ce n’est pas la puissance et la magnificence royale, c’est un grand cœur, c’est une grande âme d’homme et de chrétien ! Voilà pourquoi devant ce cercueil, étreints tous de cette émotion virile que nul hommage ne vaut, nous nous inclinons comme devant une majesté.

« Je l’atteste pour l’avoir su : celui dont la dépouille s’en va dans ce drapeau n’eut rien de petit ; il était grand, il avait les qualités solides et les brillantes, et cette autre : qu’il savait les ignorer.

« Il possédait ces noblesses qui donnent du prix à la vie : l’esprit, les connaissances, le talent, le goût, l’autorité, l’honneur, et il n’en faisait pas de cas, ou du moins n’y voyait-il que des degrés ou des paliers dans une ascension qui les dépasse.