Somering observe encore que la perfection essentielle d'une foule de plantes se détériore par la culture. La magnificence et la fraîcheur passagères qu'on s'efforce de produire dans les fleurs, détruisent souvent le but auquel la nature les destine. L'art de faire éclore des fleurs doubles, que nous devons aux Hollandais, ôte presque toujours à la plante la faculté de se reproduire. Quelque chose d'analogue se retrouve chez les hommes; leur esprit est souvent cultivé aux dépens du corps, et réciproquement; car plus l'esclave est abruti, plus il est propre aux travaux des mains[55].
Note 55:[ (retour) ] Somering, § 74.
On ne refuse point aux Nègres la force corporelle; quant à la beauté, d'où la faites-vous résulter? Sans doute de la couleur et de la régularité des traits; mais sur quoi fondé veut-on que la blancheur soit la couleur privativement admise dans ce qui constitue la beauté, tandis que ce principe n'est point appliqué aux autres productions de la nature? Chacun sur cet objet a ses préjugés, et l'on sait que diverses peuplades noires, transportant la couleur réputée chez eux la moins avantageuse au diable, le peignent en blanc.
Ce qu'on appelle la régularité des traits, est une de ces idées complexes dont peut-être n'a-t-on pas encore saisi les élémens, et sur lesquels, après tous les efforts de Crouzas, de Hutcheson et du P. André, il reste à établir des principes. Dans les mémoires de Manchester, George Walker prétend que les formes et les traits universellement approuvés chez tous le» peuples, sont le type essentiel de la beauté; que ce qui est contesté est dès-lors un défaut, une déviation du jugement[56]. C'est demander à l'érudition la solution d'un problème physiologique.
Note 56:[ (retour) ] T. V, IIe part.
Bosman vante la beauté des Négresses de Jnïda[57]; Ledyard et Lucas, celle des Nègres Jalofes[58]; Lobo, celle des Abyssins[59]. Ceux du Sénégal, dit Adanson, sont les plus beaux hommes de la Nigritie; leur taille est sans défaut, et parmi eux on ne trouve point d'estropiés[60]. Cossigny vit à Gorée des Négresses d'une grande beauté, d'une taille imposante, avec des traits à la romaine[61]. Ligon parle d'une Négresse de l'île S. Yago, qui réunissoit la beauté et la majesté à tel point, que jamais il n'avoit rien vu de comparable[62]. Robert Chasle, auteur du Journal du Voyage de l'amiral du Quesne, étend cet éloge aux Négresses et Mulâtresses de toutes les îles du Cap-Vert[63]. Leguat[64], Ulloa[65] et Isert[66], rendent le même témoignage à l'égard des Négresses qu'ils ont vues, le premier à Batavia, le second en Amérique, et le troisième en Guinée.
Note 57:[ (retour) ] Bosman, Voyage en Guine'e, 1705, Utrecht, lettre 18.
Note 58:[ (retour) ] Voyage de Ledyard et Lucas, t. II, 338.
Note 59:[ (retour) ] V. Relation historique de l'Abyssinie, par Lobo, in-4º, Paris 1726, p. 68.
Note 60:[ (retour) ] Adanson, Voyage en Sénégal, p. 22.