Opinions relatives à l'infériorité morale des Nègres.
Discussion sur cet objet.
Obstacles qu'oppose l'esclavage au développement de leurs facultés.
Ces obstacles combattus par la religion chrétienne.
Évêques et prêtres nègres.
L'opinion de l'infériorité des Nègres n'est pas nouvelle. La prétendue supériorité des blancs n'a pour défenseurs que des Blancs juges et parties, et dont on pourroit d'abord discuter la compétence, avant d'attaquer leur décision. C'est le cas de rappeler l'apologue du lion qui, à l'aspect d'un tableau représentant un animal de son espèce terrassé par un homme, se contenta de faire observer que les lions n'ont pas de peintres.
Hume, qui dans son Essai sur le caractère national, admet quatre à cinq races, soutient que la blanche seule est cultivée, que jamais on ne vit un Noir distingué par ses actions et ses lumières. Son traducteur, ensuite Estwick[72] et Chatelux ont répété la même assertion. Barré-Saint-Venant, pense que si la nature permet aux Nègres quelques combinaisons qui les élèvent au-dessus des autres animaux, elle leur interdit les impressions profondes et l'exercice continu de l'esprit, du génie et de la raison[73].
Note 72:[ (retour) ] Considerations on the Negroe cause, par Estwick.
Note 73:[ (retour) ] V. Des colonies sous la zone torride, particulièrement celle de Saint-Domingue, par Barré-Saint-Venant, in-8º, Paris 1802, c. iv.
Il est fâcheux de trouver le mème préjugé chez un homme dont le nom ne se prononce parmi nous qu'avec une estime profonde, et un respect mérité; c'est Jefferson dans ses Observations sur la Virginie[74]. Pour étayer son opinion, il ne suffisoit pas de ravaler le talent de deux écrivains nègres; il falloit établir par les raisonnemens et des faits multipliés, que, dans des circonstances données, et les mêmes pour des Blancs et des Noirs, ceux-ci ne pourroient jamais rivaliser avec ceux-là.
Note 74:[ (retour) ] V. Notes on the State of Virginia, etc., by Jefferson, in-8º, London 1787.
Il s'objecte Epictete, Térence et Phèdre qui avoient été esclaves, et auxquels il eut pu joindre Locman, Esope, Servins-Tullius; à cette difficulté, il répond par une pétition de principe, en disant qu'ils étoient blancs.
Jefferson, combattu par Beattie, l'a été depuis par Imlay, son compatriote, avec beaucoup d'énergie, surtout en ce qui concerne Phillis Wheatley. Imlay en transcrit des morceaux touchans; mais il se trompe à son tour, en disant à Jefferson que la citation de Térence est une gaucherie, attendu qu'il étoit, non-seulement Africain, mais Numide et pourtant Nègre[75]. Il paroît, que Térence étoit Carthaginois. La Numidie correspond à ce qu'on nomme aujourd'hui la Mauritanie, dont les habitans descendoient des Arabes, et qui, ayant envahi l'Espagne, furent la nation la plus éclairée du moyen âge.
Note 75:[ (retour) ] V. A topographical description of the western territory of north America, etc. by George Imlay, in-8°, London 1793. V. Lettre 9.