Le témoignage non suspect d'auteurs protestans, parmi lesquels on compte Dallas, reproche à leur clergé de négliger l'instruction des Nègres; et cette inculpation s'adresse particulièrement aux évêques de Londres qui, sous leur juridiction, ont les colonies occidentales[131]. Mais ces écrivains s'épuisent en éloges des missionnaires catholiques, et de quelques sociétés de Dissenters, tels que les Moraves surtout à Antigoa, et les Quakers ou amis, chez lesquels l'amour du prochain n'est pas une stérile théorie. Tous ont développé un zèle infatigable, pour amener les esclaves au christianisme et à la liberté. En faveur des enfants noirs, des écoles gratuites ont été établies à Philadelphie et ailleurs, par les amis; ceux-ci forment la majorité des comités disséminés dans les États-Unis pour l'abolition de l'esclavage; ces comités députent à une convention ou assemblée centrale, qui se tient en janvier à Philadelphie pour le même objet[132]. Les Quakers ont annuellement des réunions composées de représentans envoyés par leurs frères des diverses contrées. La session ne manque jamais, en terminant ses travaux, d'adresser à toute la secte une circulaire concernant les abus à combattre, les vertus à pratiquer, et toujours les esclaves noirs y sont recommandés à la charité.

Note 131:[ (retour) ] V. Dallas, t. II, p. 427 et suiv.

Note 132:[ (retour) ] Je saisis avec plaisir cette occasion d'exprimer ma reconnaissance, 1°. aux présidens et secrétaires de ces conventions, qui, pendant plusieurs années, m'ont envoyé les procès-verbaux (Minutes of the proceding of, etc.) de leurs assemblées; 2°. à Philips, libraire à Londres, qui lors de mon séjour en Angleterre, m'a procuré, concernant la liberté des Noirs, divers opuscules rares et utiles; 3°. à l'excellent et savant Vanprat, bibliothécaire de la Bibliothèque impériale, que personne ne peut connoître sans lui accorder son estime.

A la suite des éloges données par Dallas aux prêtres catholiques, il a inséré sa correspondance avec l'archevêque actuel de Tours: le prélat remarque, avec raison, qu'ils ne bornent pas leurs devoirs à l'office liturgique et à la prédication; ils y comprennent le soin des malades, l'éducation des enfans, la visite des familles[133]. La religion catholique, plus qu'aucune autre, établit des rapports intimes et multipliés entre les pasteurs et leurs administrés. La pompe des cérémonies parle aux sens qui sont, si je puis m'exprimer ainsi, les portes de l'ame. D'après ces considérations, des écrivains protestans avouent, et Makintosch m'a répété, que les missionnaires catholiques sont bien autrement propres que les catholiques à faire des prosélytes parmi les Nègres, et à les consoler.

Note 133:[ (retour) ] V. Dallas, p. 430 et suiv.

Lorsque, pour avoir droit d'égorger les pauvres Indiens, les premiers conquérans de l'Amérique feignoient de douter qu'ils fussent hommes, une bulle du pape flétrit ce doute, et les conciles du Mexique sont, à cet égard, un monument honorable, pour le clergé de ces contrées. Dans un autre ouvrage[134], que je me propose de publier, on ne lira pas sans attendrissement les décisions rendues contre l'esclavage des Nègres, par le collège des cardinaux[135] et par la Sorbonne[136]. Dans son calendrier l'Eglise catholique a inséré plusieurs Noirs. S. Elesbaan, que les Nègres des dominations espagnoles et portugaises ont adopté pour patron. Sous la date du 27 octobre, on peut lire sa vie dans Baillet, connu par la sévérité de sa critique; mais nous donnerons quelques détails sur un autre Noir, dont il n'a pas parlé; c'est un frère lai, de l'ordre des Récollets.

Note 134:[ (retour) ] Histoire de la liberté des Nègres, lue dans les séances de la classe des sciences morales et politiques de l'Institut national, en 1797.

Note 135:[ (retour) ] V. Dans la collection des Voyages d'Astley, t. Il, p. 154; et Benezet, p. 50, etc.

Note 136:[ (retour) ] V. Labat, t. IV, p. 120.

Benoît de Palerme, nomme également Benoît de sainte Philadelphie ou de santo Fratello; Benoît le Maure et le saint Noir, était fils d'une Négresse esclave, et Nègre lui-même. Roccho Pirro, auteur de la Sicitia sacra, le caractérise en disant: «Nigro quidem corpore sed candore animi proeclarissimus quem et miraculis Deus contestatum esse voluit». Son corps étoit noir, mais Dieu a voulu que des miracles attestassent la candeur de son ame[137]. Les historiens célèbrent en lui, cet assemblage de vertus éminentes qui, contentes d'avoir Dieu seul pour témoin, se dérobent dans l'obscurité aux yeux des hommes, car elles sont silencieuses: le vice seul est bruyant, et communément un grand forfait cause plus de sensation dans le monde que mille bonnes actions. Quelquefois, cependant, soit édification, soit curiosité, les hommes tâchent de déchirer le voile modeste dont elles s'enveloppent, et c'est par là que Benoît le Maure ou le saint Noir, est échappé à l'oubli; il décéda à Palerme, en 1589, où son corps et sa mémoire sont révérés. Ce culte, autorisé par le pape, en 1610, et plus particulièrement en 1743, par un décret de la congrégation des rites, qu'on peut lire dans Joseph-Marie d'Ancona, continuateur de Wading[138], obtiendra bientôt plus de solennité, si, comme l'annonçoient les gazettes au commencement de 1807, on s'occupe de sa canonisation. Roccho Pirro, le P. Arthur[139], Gravina[140], et beaucoup d'autres écrivains, s'étendent en éloges sur le vénérable Benoît de Palerme. Mais dans nos bibliothèques, où malgré leur abondance, il y a tant de lacunes, je n'ai pu trouver sa vie écrite en italien par Tognoletti, en espagnol par Mataplana.