Le fils d'un roi, et d'autres jeunes gens de qualité de ce pays, envoyés en Portugal, du temps du roi Emmanuel, y suivirent les universités avec distinction, et plusieurs d'entre eux furent promus au sacerdoce[143]. Le gouvernement portugais a toujours insisté pour que le clergé séculier et régulier, de ses possessions en Asie, fut de Noirs. Le chapitre primatial de Goa, composé surtout de Blancs et de Mulâtres, avoit peu de Noirs, lorsque le missionnaire Perrin, qui vient de publier son voyage dans l'Indoustan, visita cette ville; mais il a soin d'observer que c'est une infraction au voeu prononcé du gouvernement[144].
Note 143:[ (retour) ] V. Histoire du Portugal, par La Clede, 2 vol. in-4°, Paris 1735, t. I, p. 594, 95.
Note 144:[ (retour) ] V. Voyage dans l'Indoustan, par Perrin, in-8°, Paris 1807, t. I, p. 164.
A la fin du dix-septième siècle, l'escadre de l'amiral du Quesne vit aux îles du Cap-Vert, un clergé catholique nègre, à l'exception de l'évêque et du curé de Saint-Yago[145]. De nos jours, Barrow, et Jacquemin, sacré évêque de Cayenne, ont trouvé le même état de choses[146].
Note 145:[ (retour) ] V. Journal d'un Voyage aux Indes orientales, sur l'escadre de du Quesne, en 1690, etc., 3 vol. in-12, Rouen 1721, t. I, p. 193; et Relation du Voyage et retour des Indes orientales, pendant les années 1690 et 1691, par Claude-Michel Ponehot-de-Chantasin, garde-marin, servant sur le bord de M. du Quesne, etc., in-12, Paris, p. 30.
Note 146:[ (retour) ] Barrow, Voyage à la Cochinchine, t. I, p. 87.
Liancourt et cent autres Européens, ont visité, à Philadelphie, une église africaine, dont le ministre est pareillement un Nègre[147]. Parkinson, écrivain postérieur à Liancourt, dit qu'il y a beaucoup de prédicateurs nègres, et que l'un d'eux est renommé pour son éloquence[148].
Note 147:[ (retour) ] V. Voyage dans les États-Unis d'Amérique, par la Rochefoucaut-Liancourt, in-8°, Paris au 8, t. VI, p.334.
Note 148:[ (retour) ] V. A tout in America, etc., by Wil. Parkinson, 2 vol. in-8°, London 1805, t. II, p. 459.
Si l'on considère que l'esclavage suppose tous les crimes de la tyrannie, et qu'il enfante communément tous les vices; que les vertus peuvent difficilement éclore parmi des hommes à qui l'on n'en tient aucun compte, aigri par le malheur, entraînés à la, corruption par l'exemple de tous les forfaits, repoussés de tous les rangs honorables ou supportables de la société, privés d'instruction religieuse et morale, constitués dans l'impossibilité d'acquérir des connoissances, sinon en luttant contre tous les obstacles qui s'opposent au développement de leur intelligence, on aura lieu d'être surpris que plusieurs se soient signalés par des qualités estimables. A leur place peut-être eussions-nous été moins bons quel les bons d'entre eux, et pires que les mauvais. Les mêmes réflexions s'appliquent aux Parias du continent asiatique, vilipendés par les autres castes; aux Juifs de toutes couleurs (car il y en a aussi de noirs à Cochin)[149], dont l'histoire, depuis leur dispersion, n'est guère qu'une sanglante tragédie; aux catholiques Irlandais, frappés comme les Nègres d'une espèce de code noir (the popery Law). Déjà on s'est permis une assimilation également outrageante pour les habitans de l'Afrique et de l'Irlande, en soutenant que tous étoient des hordes brutes, que partant incapables de se gouverner par eux-mêmes, ceux-ci comme les autres devoient être soumis irrévocablement au sceptre de fer, que depuis des siècles étend sur eux le gouvernement britannique[150]. Cette tyrannie infernale existera jusqu'à l'époque, peu éloignée sans doute, où les braves enfans d'Erin releveront l'étendard de la liberté, avec la sublime invocation des Américains, appel à la justice du ciel, an appel to heaven. Ainsi, Irlandais, Juifs et Nègres, vos vertus, vos talens vous appartiennent; vos vices sont l'ouvrage de nations qui se disent chrétiennes; et plus on dit de mal de ceux-là, plus on inculpe celles-ci.