Note 226:[ (retour) ] V. Lucas, t. I, p. 190 et suiv.

Ici se place naturellement l'anecdote suivante. Le commandant d'un fort portugais, qui attendoit l'envoyé d'un roi africain, ordonne les préparatifs les plus somptueux, pour lui en imposer par le prestige de l'opulence. L'envoyé arrive; il est introduit dans un salon magnifiquement décoré; le commandant est assis sous un dais, on n'offre pas même un siège à l'ambassadeur nègre; il fait un signe, à l'instant deux esclaves de sa suite se placent à genoux, et les mains à terre sur le parquet; il s'assied sur leur dos. Ton roi, lui dit le commandant, est-il aussi puissant que celui du Portugal? Mon roi, répond le Nègre, a cent serviteurs qui valent le roi de Portugal, mille comme toi, un comme moi.... et il part[227].

Note 227:[ (retour) ] Anecdote racontée par Bernardin-Saint-Pierre. L'auteur des Anecdotes africaines rapporte la même chose Zingha; il ajoute que quand elle se leva, l'esclave étant restée dans la même posture, on le lui fit observer; elle répondit: La soeur d'un roi ne s'assied jamais deux fois sur le même siège; il reste à la maison dans laquelle elle l'a occupé.

Sans doute la civilisation est presque nulle dans plusieurs de ces États nègres, où l'on ne parle du roitelet qu'à travers une sarbacane; où quand il a dîné, un héraut annonce qu'alors les autres potentats du monde peuvent dîner à leur tour. Ce n'est qu'on barbare, ce roi de Kakongo qui, réunissant tous let pouvoirs, juge toutes les causes, avale une coupe de vin de palmier à chaque sentence qu'il prononce, sans quoi elle seroit illégale, et termine quelquefois cinquante procès dans une séance[228]. Mais ils furent aussi barbares les ancêtres des Blancs civilisés; comparez la Russie du quinzième siècle, et celle du dix-neuvième.

Note 228:[ (retour) ] V. Hist. de Loango, etc.

On vient d'établie que dans les régions africaines, il est des États où l'art social a fait des progrès. De nouvelles preuves vont élever cette vérité jusqu'à l'évidence.

Les Foulahs, dont le royaume est d'environ soixante myriamètres de longueur, sur trente-neuf de largeur, ont des villes assez populeuses. Temboo, la capitale, a sept mille habitans; l'Islamisme, en y répandant ses erreurs, y a introduit des livres, la plupart concernant la religion et la jurisprudence. Temboo, Laby, et presque toutes les villes des Foulahs, et de l'empire de Bornou, ont des écoles[229]. les Nègres, au rapport de Mungo-Park, aiment l'instruction; ils ont des avocats pour défendre les esclaves traduits devant des tribunaux[230], car la domesticité est inconnue chez eux, mais l'esclavage y est très-doux. Ce voyageur trouva de la magnificence au sein de l'Afrique, à Ségo, ville de trente mille ames, quoiqu'inférieure en tout à Jenne, à Tombuctoo et à Houssa.

Note 229:[ (retour) ] V. Lucas et Ledyard, t. I, p. 190 et suiv. V. Substance of the report, p. 136.

Note 230:[ (retour) ] V. Mungo-Park, p. 13 et p. 37.

Aux nations africaines, dont on vient de parler, doivent être joints les Boushouanas, visité par Barrow, qui vante l'excellence de leur caractère, la douceur de leurs moeurs, et le bonheur dont ils jouissent. Ils ont aussi franchi les bornes qui séparent le sauvage de l'homme civilisé, et leur perfectionnement moral est tel, que des missionnaires chrétiens pourroient exercer utilement leur zèle dans ce pays. Likakou, leur capitale, ville de dix à quinze mille ames, est située à cent vingt-cinq myriamètres du Cap, le gouvernement est patriarchal, le chef a droit de désigner son successeur; mais en tout il agit d'après les voeux du peuple, que lui transmet son conseil composé de vieillards; car chez les Boushouanas la vieillesse et l'autorité sont encore comme chez les anciens peuples, des expressions synonymes[231]. Il est affligeant que des contre-temps, dont Barrow donne le détail, l'ayent empêché d'aller chez les Barrolous, qu'on lui a peints comme plus avancés dans la civilisation, qui n'ont aucune idée de l'esclavage, et chez lesquels on trouve de grandes villes, où divers arts sont florissans[232]. J'oubliois de dire, d'après Golberry, qu'en Afrique on ne voit pas un seul mendiant, excepté les aveugles, qui vont réciter des passages du Coran, ou chanter des couplets[233].