Note 258:[ (retour) ] V. Voyage à Madagascar et aux Indes occidentales, par Rochon, in-8°, Paris, 3 vol., t. I, p. l73 et suiv.

Stedman, qui les croit capables de grands progrès, et qui leur accorde spécialement le génie poétique et musical, énumère leurs instrumens à corde et à bouche au nombre de dix-huit[259]; et cependant on ne voit pas dans sa liste leur fameux balafou[260], formé d'une vingtaine de tuyaux de bois dur qui vont en diminuant, et qui résonne comme un petit orgue.

Note 259:[ (retour) ] V. Stedman, c. XXVI.

Note 260:[ (retour) ] D'autres disent balafat ou balafo, et le comparent à une épinette.

Grainger décrit une sorte de guitare inventée par les Nègres, sur laquelle ils jouent des airs qui respirent une mélancolie douce et sentimentale[261]; c'est la musique des coeurs affligés. La passion des Nègres pour le chant ne prouve pas qu'ils soient heureux; c'est l'observation de Benjamin Rush, qui indique les maladies résultantes de leur état de détresse et de malheur[262].

Note 261:[ (retour) ] The sugar cane, a poem, in four books, by James Grainger, in-4°, 1764.

Note 262:[ (retour) ] V. American Museum, t. IV, p. 82.

Le docteur Gall m'assurait qu'aux Nègres manquent les deux organes de la musique et des mathématiques. Quand sur le premier article, je lui objectois qu'un des caractères les plus saillans des Nègres est leur goût invincible pour la musique, en convenant du fait, il m'opposoit leur incapacité de perfectionner ce bel art. Mais l'énergie de ce penchant n'est-elle pas un signe incontestable de talent? Il est d'expérience que les hommes réussissent dans les études vers lesquelles une propension décidée, une volonté forte les entraînent. Qui peut présager à quel point les Nègres excelleront dans cette partie, quand les connoissances de l'Europe entreront dans leur domaine? peut-être auront-ils des Gluck et des Piccini. Déjà Gossec n'a pas dédaigné de transporter, dans une pièce de circonstance, le Camp de Grand-Pré, un air des Nègres de Saint-Domingue.

La France eut jadis ses Trouvères et ses Troubadours, comme l'Allemagne ses Min-Singer, et l'Écosse ses Minstrells. Les Nègres ont les leurs, nommés Griots, qui vont aussi chez les rois faire ce qu'on fait dans toutes les cours, louer et mentir avec esprit. Leurs femmes, les Griotes, font à peu près le métier des Almées en Égypte, des Bayadères dans l'Inde[263]. C'est un trait de conformité de plus avec les femmes voyageuses des Troubadours. Mais ces Trouvères, ces Min-Singer, ces Minstrells furent les devanciers de Malherbe, Corneille, Racine, Shakespeare, Pope, Gesner, Klopstok, etc. Dans tout pays le génie est l'étincelle recélée dans le sein du caillou; dès qu'elle est frappée par l'acier, elle s'empresse de jaillir.

Note 263:[ (retour) ] V. Golberry, ibid.