Au seizième siècle, Louise Labbé, de Lyon, surnommée la belle Cordière, par allusion à l'état de son mari.
Au dix-septième siècle, Billaut, surnommé maître Adam, menuisier à Nevers.
Hubert Pott, simple journalier en Hollande; Beronicius, ramoneur de cheminées dans le même pays, avoient présenté le phénomène du talent poétique uni à des professions qui repoussent communément l'idée d'un esprit cultivé; le goût le plus sévère les maintient au Parnasse, quoiqu'il ne leur assigne pas les premières places. Le voyageur Pratt proclame Hubert Pott le père de la poésie élégiaque en Hollande[264]; et dans l'édition donnée à Middelbourg des Oeuvres de Beronicius, l'estampe placée au frontispice représente Apollon couronnant de lauriers le poëte ramoneur[265].
Note 264:[ (retour) ] V. Pratt, t. II, p. 208.
Note 265:[ (retour) ] Beronicius a fait des poésies latines; son poëme en deux livres, intitulé: Georgarchontomachia, ou Combat des paysans et des grands, a été traduit en vers hollandais, et le tout a été réimprimé in-8°, à Middelbourg, en 1766.
De nos jours, un domestique de Glats, en Silésie, s'est fait remarquer par ses romans[266]. Bloomfield, valet de charrue, a publié des poésies imprimées plusieurs fois, et dont une partie a été traduite dans notre langue[267]. Greensted, servante à Maidstone, et une simple laitière de Bristol, Anne Yearsley, se sont placées au rang des poëtes. Les malheurs des Nègres ont été l'objet des chants de cette dernière, dont les oeuvres ont eu quatre éditions. De même on a vu quelques-uns de ces Africains, que l'iniquité voue au mépris, franchir tous les obstacles que cette situation leur opposoit, et cultiver leur raison. Plusieurs sont entrés comme écrivains dans la carrière littéraire.
Note 266:[ (retour) ] V. La Prusse littéraire, par Denina, article Peyneman.
Note 267:[ (retour) ] V. Contes et Chansons champêtres, par Robert Bloomfield, traduit par de La Vaisse, in-8º, Paris 1802.
Lorsqu'en 1787, Toderini publia trois volumes sur la littérature des Turcs[268], beaucoup de personnes qui doutoient s'ils en avoient une, furent étonnées d'apprendre que Constantinople possède treize bibliothèques publiques. La surprise sera-t-elle moindre à l'annonce d'ouvrages composés par des Nègres et des Mulâtres? Parmi ceux-ci, je pourrois nommer Castaing, qui a montré du talent poétique, ses pièces ornent divers recueils; Barbaud-Royer, Boisrond, l'auteur du Précis des Gémissemens des Sang-mêlés[269], Milscent, qui dans un de ses écrits a pris le nom de Michel Mina, tous Mulâtres des Antilles; et Julien Raymond, également Mulâtre, associé de la classe des sciences morales et politiques de l'Institut, pour la section de législation. Sans avoir la prétention de justifier en tout la conduite de Raymond, on peut louer l'énergie avec laquelle il a défendu les hommes de couleur et Nègres libres. Il a publié une foule d'opuscules, dont la collection importante pour l'histoire de Saint-Domingue, peut servir d'antidote aux impostures débitées par des colons[270].
Note 268:[ (retour) ] Litteratura torchesca d'all 'abate Giambatista Toderini, 3 vol. in-8°, Venezia 1787.