La loi mosaïque défendoit de mutiler les hommes; mais Jahn assure, dans son Archéologie biblique, que les rois des Hébreux achetoient des autres nations des eunuques, et spécialement des Noirs[18]; il ne cite aucune autorité à l'appui de son dire. Toutefois il est possible qu'ils en aient eu, soit par leurs communications avec les Arabes, soit lorsque les flottes de Salomon cingloient d'Aziongaber à Ophir, d'où elles apportoient, dit Flavius Josephe, beaucoup d'ivoire, des singes et des Éthiopiens[19]: ce qui est incontestable, c'est que l'Égypte commerçoit avec l'Éthiopie, et que les Alexandrins faisoient la traite des Nègres. Athenée et Pline le naturaliste en fournissent la preuve, et Ameilhon s'en appuie dans son histoire du commerce des Égyptiens[20].

Note 18:[ (retour) ] Archæologia biblica, etc., à J. Ch. Jahn. Viennæ, p. 389.

Note 19:[ (retour) ] V. Josephe, Antiq., l. VIII, c. VII, p. 2, Hudson, dans sa traduction latine dit Æthiopes in Mancipia (esclaves); le texte grec ne le dit pas, mais le fait présumer.

Note 20:[ (retour) ] p. 85.

Pinkerton croit ceux-ci d'origine assyrienne ou arabe[21]. Heeren paroît mieux fondé, en les faisant descendre des Éthiopiens, qui eux-mêmes, selon Diodore de Sicile, regardoient les Égyptiens comme une de leurs colonies[22]. Plus on remonte vers l'antiquité, plus on trouve de relations entre leurs pays respectifs; même écriture, mêmes moeurs, mêmes usages. Le culte des animaux encore subsistant chez presque tous les peuples nègres, étoit celui des Égyptiens; leurs formes étoient celles des Nègres un peu blanchis par l'effet du climat. Hérodote assure que les Colches sont originairement Égyptiens, parce que, comme eux, ils ont la peau noire et les cheveux crépus[23]. Ce témoignage infirme les raisonnemens de Browne; les expressions d'Hérodote, dit-il, signifient seulement que les Égyptiens ont un teint basané et des cheveux crépus, comparativement aux Grecs, mais elles n'indiquent pas des Nègres[24]. A cette assertion de Browne il ne manque que la preuve; le texte d'Hérodote est clair et précis.

Note 21:[ (retour) ] V. Modern Geography, in-4° London 1807, t. II, p. 2; et t. III, p. 820 et 833.

Note 22:[ (retour) ] L. III, §3.

Note 23:[ (retour) ] Hérodote, l. II, n° 104.

Note 24:[ (retour) ] V. Nouveau Voyage dans la haute et basse Égypte, par Browne, t. I, c. XII; et Walkenaer, dans les Archives littéraires, etc.

Tout concourt donc à fortifier le système de Volney, qui voit dans les Coptes les représentans des Égyptiens. Ils ont un ton de peau jaunâtre et fumeux, le visage bouffi, l'oeil gonflé, le nez écrasé, la lèvre grosse, en un mot la figure mulâtre[25]. Fondé sur les mêmes observations, Ledyard croit à l'identité des Nègres et des Coptes[26]. Le médecin Frank, qui étoit de l'expédition d'Égypte, appuie cette opinion par le rapprochement des usages, tels que la circoncision et l'excision pratiquées chez les Coptes et chez les Nègres[27]; usages qui, au rapport de Ludolphe, se sont conservés chez les Éthiopiens[28].