Il est à prévoir d’ailleurs que les bibliographes modifieront peu à peu la forme de leurs travaux et qu’ils chercheront à bénéficier des avantages que pourra leur offrir l’Office. C’est à lui qu’ils apporteront leurs manuscrits comme à un grand éditeur. L’Office acquerra leurs travaux et les fera paraître dans le répertoire, peut-être même sous la signature de chaque auteur. Les bibliographes seront certains de trouver—chose si rare aujourd’hui—une équitable rémunération de leurs travaux et un public spécial pour les apprécier. Quant à l’Office de Bibliographie, il trouvera dans ces bibliographes indépendants de précieux et nombreux collaborateurs.

L’inventaire de la production courante nécessite, lui, la mise en œuvre d’autres procédés. Ici aussi, cependant, le rôle de l’Office est presque exclusivement organisateur et coordinateur. Il existe, en effet, de nombreuses bibliographies nationales périodiques et des bibliographies spéciales également périodiques. Elles correspondent à deux phases distinctes du travail: les bibliographies nationales se contentent pour la plupart de l’enregistrement pur et simple des œuvres qui sont éditées. C’est le collationnement et non le classement qui est leur tâche principale. Les bibliographies spéciales, au contraire, donnent au classement une place prépondérante et peuvent se livrer avec d’autant plus de soins à ce travail qu’elles ont moins à s’occuper du collationnement. D’ailleurs, les mieux faites d’entr’elles ajoutent le dépouillement des revues à celui des livres et de ce chef accroissent considérablement leur utilité. Ni les bibliographies nationales ni les bibliographies spéciales ne sont appelées à disparaître devant le Répertoire universel, mais il importe que leur rôle soit mieux défini et que chacune trouve sa place dans un ensemble mieux organisé. Les bibliographies nationales doivent dorénavant être plus complètes qu’elles ne le sont. Leur publication est tardive. Les omissions y sont fréquentes et les indications souvent très erronées. C’est ici que l’intervention de l’Union internationale de Berne s’impose. En préconisant partout la formalité du dépôt légal, en concentrant tous les renseignements au point de vue de la protection du droit des auteurs, en assumant la charge de faire, soit par elle-même, soit avec l’aide des gouvernements qui ont adhéré à l’Union, le relevé complet de la production courante, elle contribuerait largement, pour sa part, à la réalisation du répertoire idéologique universel, auquel elle fournirait ainsi les matériaux eux-mêmes. Quant aux bibliographies spéciales, une entente devrait intervenir entre elles et l’Office. Qu’elles conservent l’entière indépendance qu’elles possèdent aujourd’hui, mais que, moyennant certains avantages à stipuler par contrat, elles s’engagent à adopter désormais la Classification décimale de l’Office de Bibliographie. Celui-ci s’entourerait ainsi de groupes absolument compétents et outillés de longue date pour mener à bonne fin le travail qui leur serait demandé. Après avoir éliminé tous les doubles inévitables, il rééditerait dans la forme du répertoire, le contenu de ces publications spéciales. Les publications bibliographiques spéciales embrassent aujourd’hui le champ presqu’entier de la production intellectuelle. L’Office susciterait la création de telles bibliographies pour les branches de connaissances qui en sont privées jusqu’à ce jour. Déjà à son intervention trois recueils bibliographiques sont entrés dans la voie que nous préconisons. Ce sont les Sommaires méthodiques de Droit, de Sociologie et de Philosophie. Des sommaires méthodiques de Philologie et de Littérature sont en préparation.

Il est à escompter, d’ailleurs, que les éditeurs et les auteurs deviendront eux-mêmes les collaborateurs permanents du répertoire. Ils trouveront en lui le plus efficace des instruments de publicité, puisque des exemplaires du répertoire seront dispersés dans tous les centres intellectuels et consultés quotidiennement par des milliers de lecteurs. La réédition des catalogues de fonds et l’annonce des nouveautés pourront se faire désormais à l’intervention de l’Office, chargé de publier le répertoire. Ce sera tout bénéfice: les nombres classificateurs—qui finiront, d’ailleurs, par être imprimés sur le livre lui-même, ou en tête des articles de revues et en annexe à leurs titres—seront attribués en parfaite connaissance de cause; aux notices bibliographiques toutes sèches pourront s’ajouter d’utiles indications, telles les principaux chapitres de l’ouvrage, voire même une analyse succincte des matières dont il traite. Tout ouvrage relatif à plusieurs matières recevrait plusieurs fiches.

Les indications très générales que nous venons de donner suffisent pour démontrer qu’un Répertoire Bibliographique Universel est possible.

Le programme préconisé par l’Office de Bibliographie donnera lieu sans aucun doute à des critiques et à des réserves, mais il semble difficile pourtant de lui dénier son caractère organique. Nous le présentons, non comme une œuvre personnelle, mais comme la synthèse de ce qui a été fait et proposé par un grand nombre de bibliographes de tous pays.

Les mesures qu’imposerait la réalisation pratique de ce programme seraient les suivantes:

1o Création d’un Institut Bibliographique international, ayant pour objet l’étude de toutes les questions se rattachant à la bibliographie en général et plus spécialement à l’élaboration du Répertoire universel. Cet institut aurait à décider des unités bibliographiques et à prendre toutes mesures en vue de leur adoption par tous les intéressés: savants, bibliothécaires, éditeurs et auteurs.

2o Large extension donnée aux travaux commencés par l’Office international de Bibliographie qui deviendrait l’organe exécutif des décisions de l’Institut bibliographique. Cet office, dont l’organisation actuelle est toute provisoire, serait définitivement constitué sur les bases d’une vaste société coopérative dont deviendraient membres tous ceux qui ont intérêt à la création du répertoire universel: Etats, administrations publiques, associations scientifiques, bibliothèques, éditeurs, auteurs et hommes d’études. Publication, par les soins de cet Office, d’un Répertoire universel, sur fiches classées conformément à la Classification décimale. Fusion dans ce répertoire de tous les matériaux bibliographiques déjà existants. Création dans toutes les villes, dans tous les centres intellectuels, d’Offices bibliographiques locaux, ouverts à tous et recevant, d’une manière continue, de l’Office central, toutes les notices bibliographiques imprimées sur fiches. Ces offices locaux ont leur place marquée dans toutes les grandes bibliothèques où ils arriveraient vite à se confondre avec la section du catalogue, aujourd’hui si coûteuse d’entretien et d’une utilité encore si incomplète.

3o Union bibliographique internationale entre les gouvernements qui s’engageraient à prendre toutes mesures indispensables à l’enregistrement régulier des livres et favoriseraient l’élaboration du Répertoire en souscrivant des exemplaires au prorata de leur population respective et du montant de leur production littéraire annuelle.