Les fiches du Répertoire sont encore susceptibles d’une autre mention: le lieu de dépôt de chaque ouvrage, ainsi que l’a demandé M. Vander Haegen, le savant bibliothécaire de l’Université de Gand. Cependant, toute précieuse que soit cette indication, il est impossible d’en surcharger toutes les fiches. Une distinction s’impose. Lorsqu’un ouvrage est réellement rare, s’il n’est conservé que dans quelques dépôts, il est d’un intérêt international de connaître quels sont ces dépôts. Mais cela est aussi inutile qu’impossible pour les ouvrages récents, pour ceux qui n’ont pas encore eu le temps de pénétrer jusque dans les grandes bibliothèques ou que l’on peut encore facilement se procurer en librairie. Toutefois, des catalogues des lieux de dépôt peuvent s’organiser aisément sur une base nationale; il y aurait dans chaque capitale, annexé à la bibliothèque principale, un catalogue général inventoriant les richesses de tous les dépôts nationaux. Le Répertoire bibliographique universel peut servir de base à de tels catalogues.
⁂
Après avoir dit comment la classification décimale des matières et le collationnement des notices bibliographiques sur fiches mobiles, donnent des solutions à peu près définitives aux plus importantes questions que soulève la création d’un répertoire bibliographique universel, il nous reste à exposer le plan de travail que nous préconisons.
L’immensité de l’œuvre à entreprendre est telle que l’ordre, la méthode et l’utilisation de tous les travaux existants permettent seuls d’en espérer la réalisation.
Il convient d’abord d’écarter tout délai endéans lequel les travaux devront être terminés; il faut aussi sérier les travaux sans rechercher à être dès le début complets et indemnes d’erreur.
Le besoin d’un Répertoire bibliographique unique est si grand que nul ne peut en retarder plus longtemps l’exécution sous prétexte qu’il faut faire œuvre parfaite du premier coup. Déblayons d’abord le terrain, accumulons rapidement deux ou trois millions de renseignements les plus faciles à nous procurer; résignons-nous à 25 ou 30 p. c. d’erreurs, soit dans le relevé des notices, soit dans le classement qui leur sera donné. Les erreurs et les omissions seront rectifiées plus tard et très aisément, grâce au système de fiches individualisées comme nous l’avons dit. Ces rectifications seront l’œuvre de tous, car reproduit à un grand nombre d’exemplaires, le Répertoire sera mis en même temps à la disposition de tous ceux qui seront à même de les signaler.
La bibliographie des œuvres anciennes doit être élaborée d’après des procédés différents de celle des œuvres modernes. Examinons séparément les deux genres de travaux.
Pour le passé, il existe des bibliographies particulières en nombre considérable. Léon Vallée en a relevé environ onze mille dans sa Bibliographie des bibliographies. Beaucoup de ces bibliographies font double emploi les unes avec les autres; d’autre part, toutes ensemble, elles sont loin de comprendre l’inventaire complet de la production intellectuelle jusqu’à nos jours. Un premier travail s’impose donc: le dépouillement de toutes les sources bibliographiques existantes et l’élaboration d’un tableau complet, d’une sorte de carte bibliographique intégrale montrant à côté des régions déjà explorées, celles qu’il reste à faire connaître. Ce vaste travail de coordination ne peut être mené à bonne fin que par une institution spéciale, organe permanent des intérêts bibliographiques, jouissant de la popularité et du bon renom scientifique indispensables pour pouvoir obtenir partout les renseignements nécessaires à ses travaux.
Cette institution, qui sera l’Office international de Bibliographie, publiera donc tout d’abord, avec le concours des auteurs qui se seront plus généralement occupés de ces matières, une vaste bibliographie des bibliographies, publication sur fiches classées d’après la Classification décimale.
Cette première partie du répertoire, comprenant les sources les plus générales de la science, étant mise immédiatement à la disposition de tous, sera aussi la première à bénéficier de la coopération de tous. Viendra immédiatement après la publication du contenu des sources ainsi bibliographiées. Il s’agira là encore d’une réédition de travaux existants, mais en la forme particulière au répertoire. Par les soins de l’Office et de ses collaborateurs, tous les doubles seront éliminés et l’unification sera obtenue, grâce à l’unité de classification. Tandis que se poursuivra cette publication qui, à elle seule, exigera plusieurs années, les bibliographes indépendants continueront sans nul doute leurs recherches comme par le passé et combleront ainsi les lacunes. L’œuvre d’unification conduite par l’Office contribuera d’ailleurs à attirer spécialement l’attention des chercheurs sur les parties trop négligées jusqu’ici, et ainsi disparaîtront peu à peu les blancs de la grande carte bibliographique.