Le séjour que les enfants d'Israël avaient fait en Egypte était de quatre cent trente ans. La nuit dans laquelle l'Eternel les tira de l'Egypte, fut consacrée en l'honneur de l'Eternel, et tous les enfants d'Israël doivent l'observer et l'honorer dans la suite de tous les âges.
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Passage de la mer Rouge.
L'Eternel parla à Moïse, et lui dit: Dites aux enfants d'Israël, qu'ils se détournent, et qu'ils campent devant Phihahiroth, qui est entre Migdal et la mer, vis-à-vis de Baalsephon. Vous camperez vis-à-vis de ce lieu sur le bord de la mer. Car Pharaon va dire des enfants d'Israël: Ils sont embarrassés en des lieux étroits, et renfermés par le désert. Je lui endurcirai le cœur, et il vous poursuivra: je serai glorifié dans Pharaon et dans toute son armée, et les Egyptiens sauront que je suis l'Eternel. Les enfants d'Israël firent donc ce que l'Eternel avait ordonné. Et l'on vint dire au roi des Egyptiens, que le peuple avait pris la fuite. En même temps le cœur de Pharaon et de ses serviteurs fut changé à l'égard de ce peuple, et ils dirent: A quoi avons-nous pensé, de laisser ainsi aller les Israélites, pour qu'ils ne nous fussent plus assujettis? Il fit donc préparer son chariot de guerre, et prit avec lui tout son peuple. Il emmena aussi six cents chariots choisis, et tout ce qui se trouva de chariots de guerre dans l'Egypte, avec les chefs de toute l'armée. L'Eternel endurcit le cœur de Pharaon, [pg 88] roi d'Egypte, et il se mit à poursuivre les enfants d'Israël; mais ils étaient sortis sous la conduite d'une main puissante. Les Egyptiens poursuivant donc les Israélites qui étaient devant, et marchant sur leurs traces, les trouvèrent dans leur camp sur le bord de la mer. Toute la cavalerie et les chariots de Pharaon, avec toute son armée, étaient à Phihahiroth, vis-à-vis de Baalsephon. Lorsque Pharaon était déjà proche, les enfants d'Israël levant les yeux, et ayant aperçu les Egyptiens derrière eux, furent saisis d'une grande crainte. Ils crièrent à l'Eternel, et ils dirent à Moïse: Est-ce parce qu'il n'y a pas de sépulcres en Egypte que vous nous avez pris pour mourir dans le désert? Que nous avez-vous fait en nous faisant sortir de l'Egypte? N'est-ce pas ce que nous vous avons dit en Egypte: Laissez-nous, nous voulons servir l'Egypte; car il vaut mieux pour nous servir l'Egypte que de mourir dans le désert. Moïse dit au peuple: Ne craignez rien, restez tranquilles, et voyez le secours que l'Eternel vous donnera aujourd'hui; car tels que vous avez vu les Egyptiens aujourd'hui, vous ne les verrez plus jamais. L'Eternel combattra pour vous, et vous, taisez-vous! Et Moïse implora Dieu, le pria de l'assister dans cette détresse. L'Eternel lui dit: Pourquoi criez-vous vers moi? parlez aux enfants d'Israël; qu'ils marchent. Et vous, élevez votre verge, et étendez votre main sur la mer, fendez-la, et que les enfants d'Israël marchent à sec au milieu de la mer. Les Egyptiens vous poursuivront, et je serai glorifié dans Pharaon et dans toute son armée, dans ses chariots et dans sa cavalerie. Toute la nuit se passa sans que les deux armées s'approchassent. Moïse étendit sa main sur la mer; l'Eternel poussa la mer toute la nuit par un violent vent de l'orient, et il mit la mer à sec; ainsi les eaux furent séparées. Les enfants [pg 89] d'Israël marchèrent à sec au milieu de la mer, ayant l'eau à droite et à gauche, qui leur servait comme de mur. Et les Egyptiens marchant après eux, se mirent à les poursuivre au milieu de la mer avec toute la cavalerie de Pharaon, ses chariots et ses chevaux. Mais lorsque la veille du matin fut venue, l'Eternel jeta un regard sur le camp des Egyptiens à travers une colonne de feu et de nuées et mit en désordre le camp des Egyptiens; il renversa les roues des chariots, et ils furent entraînés dans le fond de la mer. Alors les Egyptiens s'entre-dirent: Fuyons les Israélites, parce que l'Eternel combat pour eux contre nous. En même temps l'Eternel dit à Moïse: Etendez votre main sur la mer, afin que les eaux retournent sur les Egyptiens, sur leurs chariots et sur leur cavalerie. Moïse étendit donc la main sur la mer; et aussitôt la mer reprit la place qu'elle avait auparavant. Ainsi lorsque les Egyptiens s'enfuyaient, les eaux vinrent au-devant d'eux, les couvrirent, et il n'en échappa pas un seul. Mais les enfants d'Israël passèrent à sec au milieu de la mer, ayant les eaux à droite et à gauche, qui leur tenaient lieu de mur. En ce jour-là l'Eternel délivra Israël de la main des Egyptiens. Et ils virent les corps morts des Egyptiens sur le bord de la mer, et les effets de la main puissante qui s'était appesantie sur eux. Alors le peuple craignit l'Eternel, il crut à l'Eternel, et à Moïse son serviteur. Moïse alors et les enfants d'Israël chantèrent un cantique à l'Eternel. Miriame (Marie) la prophétesse, sœur de Moïse et d'Aaron prit en main le tambour, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins en formant des danses et des chœurs de musique; elles mêlaient leur voix au chant de victoire: «Chantez des hymnes à l'Eternel, parce qu'il a signalé sa grandeur et sa gloire!»
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Voyage vers le mont Sinaï. Murmures des Israélites. La manne.
Après donc que Moïse eût fait sortir les Israélites de la mer Rouge, ils entrèrent dans le désert de Sur; et ayant marché trois jours dans la solitude, ils ne trouvaient point d'eau. Ils arrivèrent à Mara, et ils ne pouvaient boire des eaux de Mara, parce qu'elles étaient amères. C'est pourquoi on lui donna un nom qui lui était propre, en l'appelant Mara, c'est-à-dire, amertume. Alors le peuple murmura contre Moïse, en disant: Que boirons-nous? Mais Moïse pria Dieu, qui lui montra un certain bois qu'il jeta dans les eaux; et les eaux, d'amères qu'elles étaient, devinrent douces. Dieu leur donna en ces lieux des préceptes et des ordonnances, et il y éprouva son peuple, en disant: Si vous écoutez la voix de l'Eternel, votre Dieu, et que vous fassiez ce qui est juste devant ses yeux, si vous obéissez à ses commandements, si vous gardez tous ses préceptes, je ne vous frapperai point de toutes les langueurs dont j'ai frappé l'Egypte: parce que je suis l'Eternel qui vous guéris. Les enfants d'Israël vinrent ensuite à Elim, où il y avait douze fontaines et soixante et dix palmiers; et ils campèrent auprès des eaux. Etant partis d'Elim, ils vinrent au désert de Sin, qui est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis leur sortie d'Egypte. Et les enfants d'Israël étant dans ce désert, murmurèrent tous contre Moïse et Aaron, en leur disant: Plût à Dieu que nous fussions morts dans l'Egypte par la main de l'Eternel, où nous étions assis près de marmites pleines de viande, et où nous mangions du pain tant que nous voulions! Pourquoi nous avez-vous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim tout le [pg 91] peuple? Alors l'Eternel dit à Moïse: Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel: que le peuple en aille amasser ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il marche, ou non, dans ma loi. Qu'ils en ramassent le sixième jour pour le garder chez eux, et qu'ils en recueillent deux fois autant qu'en un autre jour. Alors Moïse et Aaron dirent à tous les enfants d'Israël: Vous saurez ce soir que c'est l'Eternel qui vous a tirés de l'Egypte; et vous verrez demain matin éclater la gloire de l'Eternel, parce qu'il a entendu vos murmures contre lui. Car qui sommes-nous nous autres, pour que vous murmuriez contre nous? Moïse ajouta: L'Eternel vous donnera ce soir de la chair à manger, et le matin il vous rassasiera de pain; parce qu'il a entendu les paroles de murmures que vous avez fait éclater contre lui. Car pour nous, qui sommes-nous? ce n'est point nous que vos murmures attaquent, c'est l'Eternel. Il vint donc le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent tout le camp, et le matin il se trouva aussi une rosée qui l'environnait, la surface de la terre en étant couverte; on vit paraître dans le désert quelque chose de menu et comme pilé au mortier, qui ressemblait à ces petits grains de gelée blanche, qui pendant l'hiver tombent sur la terre. Ce que les enfants d'Israël ayant vu, ils se dirent les uns aux autres: Manhu? c'est-à-dire: Qu'est-ce que cela? Car ils ne savaient ce que c'était. Moïse leur dit: C'est là le pain que l'Eternel vous donne à manger. Et voici ce que l'Eternel ordonne: Que chacun en ramasse ce qu'il lui en faut pour manger; prenez-en un omor (mesure) pour chaque personne, selon le nombre de ceux qui demeurent dans chaque tente. Moïse leur dit encore: Que personne n'en garde jusqu'au lendemain matin. Mais ils ne l'écoutèrent point; et quelques-uns en ayant gardé jusqu'au matin, ce [pg 92] qu'ils avaient réservé se trouva plein de vers et tout corrompu. Chacun donc en recueillait le matin autant qu'il lui en fallait pour se nourrir; et lorsque la chaleur du soleil était venue, elle se fondait. Le sixième jour ils en recueillirent une fois plus qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire, deux omors pour chaque personne. Or, tous les princes du peuple vinrent en donner avis à Moïse, qui leur dit: C'est ce que l'Eternel a déclaré: Demain sera le jour du sabbat, dont le repos est consacré à l'Eternel. Faites donc aujourd'hui tout ce que vous avez à faire. Faites cuire tout ce que vous aurez à cuire, et gardez pour demain matin ce que vous aurez réservé d'aujourd'hui. Et étant fait ce que Moïse avait commandé, la manne ne se corrompit point, et l'on n'y trouva aucun ver. Moïse leur dit ensuite: Mangez aujourd'hui ce que vous avez gardé; parce que c'est le sabbat de l'Éternel, et que vous n'en trouverez point aujourd'hui dans les champs. Recueillez donc pendant les six jours la manne; car le septième jour, c'est le sabbat de l'Eternel, c'est pourquoi vous n'en trouverez point. Le septième jour étant venu, quelques-uns du peuple allèrent pour recueillir de la manne; ils n'en trouvèrent point. Alors l'Eternel dit à Moïse: Dites ceci aux enfants d'Israël: Jusqu'à quand refuserez-vous de garder mes commandements et ma loi? Considérez que l'Eternel a établi le sabbat parmi vous, et qu'il vous donne pour cela le sixième jour une double nourriture. Que chacun donc demeure chez soi, et que nul ne quitte sa place au septième jour. Ainsi le peuple garda le sabbat au septième jour. Et les enfants d'Israël donnèrent à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à la graine de coriandre; elle était blanche, et elle avait le goût qu'aurait la plus pure farine mêlée avec du miel. Moïse dit encore: Voici ce qu'a ordonné [pg 93] l'Eternel: Emplissez de manne un omor, et qu'on la garde pour les générations à venir; afin qu'elles sachent quel a été le pain dont je vous ai nourris dans le désert, après que vous avez été tirés de l'Egypte. Aaron mit alors un vase, empli d'un omor de manne, en réserve dans le tabernacle. Or, les enfants d'Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. C'est ainsi qu'ils furent nourris jusqu'à ce qu'ils entrassent sur les premières terres du pays de Chanaan.
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