Tous les enfants d'Israël étant partis du désert de Sin, campèrent à Raphidim, où il ne se trouva point d'eau à boire pour le peuple. Alors ils murmurèrent contre Moïse et lui dirent: Donnez-nous de l'eau pour boire! Pourquoi nous avez-vous fait sortir de l'Egypte, pour nous faire mourir de soif, nous et nos enfants, et nos troupeaux? Moïse leur répondit: Pourquoi murmurez-vous contre moi? pourquoi tentez-vous l'Eternel? Il pria l'Eternel et lui dit: Que ferai-je à ce peuple? il s'en faut peu qu'il ne me lapide. L'Eternel dit à Moïse: Marchez devant le peuple: menez avec vous des anciens d'Israël; prenez en votre main la verge dont vous avez frappé le fleuve, et allez jusqu'à la pierre d'Horeb. Je serai avec vous; vous frapperez la pierre, et il en sortira de l'eau, afin que le peuple ait à boire. Moïse fit devant les anciens d'Israël ce que l'Eternel lui avait ordonné. Et il appela ce lieu Massah, c'est-à-dire tentation, et Méribah, c'est-à-dire murmure, à cause du murmure des enfants d'Israël, et parce qu'ils tentèrent là [pg 94] l'Eternel, en disant: L'Eternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas?
C'est en ce lieu qu'Israël fut attaqué avec acharnement par la tribu des Amalécites et que Josué remporta une victoire signalée. Il fut alors statué en Israël que l'on regarderait désormais comme ennemi implacable toute la tribu d'Amalec qui avait violé le droit des gens en attaquant un peuple sans armes. Il arriva aussi en ce même lieu que Moïse d'après le conseil de son beau-père Jéthro, choisit d'entre tout le peuple, des hommes fermes et courageux craignant Dieu, aimant la vérité et ennemis de l'avarice. Il leur donna la conduite, aux uns de mille hommes, à d'autres de cent, à ceux-ci de cinquante, aux autres enfin de dix, afin qu'ils fussent occupés à rendre la justice au peuple en tout temps, qu'ils jugeassent eux-mêmes les petites affaires et qu'ils ne réservassent à Moïse que les choses difficiles. Ainsi le fardeau des affaires qui l'accablait devint plus léger, partagé avec d'autres.
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Révélation de l'Éternel sur le mont Sinaï.
La délivrance miraculeuse du pays d'Egypte ne rendit aux enfants d'Israël que liberté d'action et indépendance matérielle. Cependant, Dieu, dans sa toute-bonté, voulut aussi qu'ils recouvrassent liberté d'esprit, indépendance morale et spirituelle. Le peuple israélite sorti de l'esclavage devait entrer en possession de la terre promise aux patriarches; mais aussi devait-il avant tout s'assurer du royaume céleste prédit à Abraham, afin que toutes les familles de la terre fussent bénies en lui. C'est pourquoi l'Eternel, Dieu, se révéla d'une manière si merveilleuse aux yeux de tout le [pg 95] peuple, afin que tout Israël le vît et en fût témoin; que chacun en Israël fût pour ainsi dire prêtre à son Dieu. A cet effet, il arriva que le troisième mois depuis la sortie de l'Egypte, Moïse se rendit sur le mont Sinaï au pied duquel les Israélites étaient campés, et que Dieu lui fit entendre ces paroles: Voici ce que vous direz à la maison de Jacob et ce que vous annoncerez aux enfants d'Israël: Vous avez vu vous-mêmes ce que j'ai fait aux Egyptiens et de quelle manière je vous ai portés comme l'aigle porte ses aiglons sur ses ailes, et comment je vous ai pris pour être à moi. Si donc vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez à moi, par prédilection au-dessus de tous les peuples, car toute la terre est à moi. Vous serez pour moi un royaume sacerdotal, un peuple saint... Moïse étant donc venu vers le peuple, fit assembler les anciens et leur exposa tout ce que l'Eternel lui avait commandé de leur dire. Le peuple répondit tout d'une voix: Nous ferons tout ce que l'Eternel a dit. Moïse fut alors chargé de préparer et de sanctifier le peuple pour le troisième jour. Le troisième jour étant arrivé sur le matin, on commença à entendre les éclats du tonnerre, et à voir briller les éclairs; une nuée très-épaisse couvrit la montagne, la trompette se fit entendre avec un grand bruit, et le peuple qui était dans le camp fut saisi de frayeur. Alors Moïse le fit sortir du camp pour aller au-devant de l'apparition divine, et ils demeurèrent au pied de la montagne. Tout le mont Sinaï était couvert de fumée, la fumée s'en élevait dans les airs comme d'une fournaise, et toute la montagne en fut fortement ébranlée. C'est au milieu de ces phénomènes effroyables et majestueux qu'Israël reçut la révélation des dix commandements, qui qui nous indiquent les devoirs envers Dieu et envers les hommes. Du reste, Moïse, au nom de l'Éternel, ajouta [pg 96] encore beaucoup d'autres lois et d'autres préceptes que tout Israélite se regarde comme obligé d'observer tant dans la vie morale que dans la vie religieuse[7].
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Le veau d'or.
Les dix commandements étant promulgués, Moïse remonta le mont Sinaï pour recevoir les autres lois; il y resta quarante jours et quarante nuits. Le peuple voyant que Moïse différait longtemps à descendre de la montagne et croyant qu'il était mort, s'assembla en s'élevant contre Aaron et lui dit: Venez et faites-nous des dieux qui marchent devant nous; car pour ce qui est de Moïse, cet homme qui nous a tirés de l'Egypte, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé. Aaron leur répondit: Otez les pendants d'oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi. Le peuple fit ce qu'Aaron lui avait commandé, et lui apporta les pendants d'oreilles. Aaron les ayant pris, les jeta au feu et en forma un veau d'or. Alors les Israélites dirent: Voici vos dieux, ô Israël, qui vous ont tirés de l'Egypte. Ce qu'Aaron ayant vu, il dressa un autel devant le veau, et cria: Demain sera la fête solennelle de l'Eternel. S'étant levés matin, ils offrirent des holocaustes et des sacrifices. Tout le peuple s'assit pour manger et pour boire, et se [pg 97] leva ensuite pour se divertir. Pendant ces pratiques criminelles, Moïse descendit de la montagne, portant en sa main les deux tables du témoignage. Les dix commandements étaient gravés sur ces tables. S'étant approché du camp, il vit le veau d'or et les danses; alors saisi d'indignation, il brisa les tables de la loi au pied de la montagne; et après avoir prié l'Eternel d'avoir pitié de son peuple et de lui pardonner cette grande aberration, il prit le veau d'or qu'ils avaient fait, le mit dans le feu, le réduisit en poudre et punit très-sévèrement les coupables. Ensuite Moïse se rendit de nouveau sur le mont Sinaï où, d'après l'ordre de Dieu il fit de nouvelles tables de pierre semblables aux premières qu'il avait brisées, et il y grava de nouveau les mêmes lois.
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