Inceste d'Amnon. Vengeance d'Absalom.

David avait beaucoup de femmes et beaucoup d'enfants. L'aîné fut Amnon, qu'il eut d'Achinoam de Jezrahel. Le second Cheleab qu'il eut d'Abigaïl veuve de Nabal du Carmel. Le troisième, Absalom qu'il eut de Moacha fille de Tholmaï roi de Gessur. Le quatrième, Adonia fils d'Haggith. Le cinquième, Saphatia fils d'Abital. Le sixième, Jethraam fils d'Egla; et le septième, Salomon fils de Bathseba.—Or il n'y avait point d'homme dans tout Israël qui fût si bien fait ni si beau qu'était Absalom: depuis la pointe des pieds jusqu'à la tête, il n'y avait pas en lui le moindre défaut. Il avait aussi une très-belle sœur qui s'appelait Thamar. Amnon aimait Thamar, et son amour se déclara d'une manière qui n'est pas permise dans Israël. Dès lors Absalom conçut une grande haine contre Amnon. Deux ans après il arriva qu'Absalom fit tondre ses brebis à Baalhasor, qui est près de la tribu d'Éphraïm; et il invita tous les enfants du roi à venir chez lui. Absalom fit préparer un festin de roi. En même temps il donna cet ordre à ses officiers: Prenez garde quand Amnon commencera à être troublé par le vin, et que je vous ferai signe: frappez-le, et le tuez. Ne craignez point, car c'est moi qui vous le commande. Les officiers d'Absalom exécutèrent donc à l'égard d'Amnon le commandement que leur maître leur avait fait; et aussitôt tous les enfants du roi se levant de table, montèrent chacun sur leur mule, et s'enfuirent. Absalom ayant pris la fuite, se retira chez Thalmaï, roi de Gessur, et y demeura trois ans. David cessa alors de le [pg 185] poursuivre, et cédant aux instances de Joab qui demanda la grâce pour Absalom, David lui accorda la permission de retourner à Jérusalem. (La femme de Thecua.)

Révolte d'Absalom: David s'enfuit de Jérusalem.

Après cela Absalom se fit faire des chariots, prit avec lui des cavaliers, et cinquante hommes qui marchaient devant lui. Et se levant dès le matin, il se tenait à l'entrée du palais; il appelait tous ceux qui avaient des affaires, et qui venaient demander justice au roi. Et il disait à chacun d'eux: D'où êtes-vous? Chacun lui répondait: Votre serviteur est d'une telle tribu d'Israël. Et Absalom lui disait: Votre affaire me paraît bien juste. Mais il n'y a personne qui ait ordre du roi de vous écouter. Et il ajoutait: Oh! qui m'établira juge dans le pays, afin que tous ceux qui ont des affaires viennent à moi, et que je les juge selon la justice! Et lorsque quelqu'un venait lui faire la révérence, il lui tendait la main, le prenait et le baisait. Il traitait ainsi ceux qui venaient de toutes les villes d'Israël demander justice au roi: et il s'insinuait par là dans l'affection de tout Israël.—Un jour Absalom dit au roi David: Permettez-moi d'aller à Hebron, pour y accomplir les vœux que j'ai faits en l'honneur de l'Éternel. Car lorsque j'étais à Gessur en Syrie, j'ai fait ce vœu à Dieu: Si l'Éternel me ramène à Jérusalem, je lui offrirai un sacrifice. Le roi David lui dit: Allez en paix. Et aussitôt il partit, et il s'en alla à Hebron. En même temps Absalom envoya dans toutes les tribus d'Israël des gens qu'il avait gagnés, avec cet ordre: Aussitôt* [pg 186] que vous entendrez sonner la trompette, publiez qu'Absalom règne dans Hebron.

Absalom emmena avec lui deux cents hommes de Jérusalem, qui le suivirent simplement sans savoir en aucune sorte le dessein de ce voyage. Absalom fit venir aussi de la ville de Gilo Achitophel conseiller de David. Et lorsqu'on offrait des victimes, il se forma une puissante conspiration; et la foule du peuple qui accourait de toutes parts pour suivre Absalom, croissait de plus en plus. Il vint aussitôt un courrier à David, qui lui dit: Tout Israël suit Absalom de tout son cœur. David dit à ses officiers: Allons-nous-en, fuyons d'ici: car nous ne pourrions éviter de tomber entre les mains d'Absalom. Hâtons-nous de sortir, de peur qu'il ne nous prévienne, qu'il ne nous accable de maux, et qu'il ne fasse passer toute la ville au fil de l'épée. Le roi sortit donc avec toute sa maison; et laissa dix de ses femmes pour garder son palais. Il passa le torrent de Gédron, et tout le peuple allait le long du chemin qui regarde le désert. En même temps le prêtre Zadoc vint accompagné de tous les lévites, qui portaient l'arche de Dieu, et ils la posèrent sur un lieu élevé. Abiathar monta, en attendant que tout le peuple qui sortait de la ville fût passé. Alors le roi dit à Zadoc: Reportez à la ville l'arche de Dieu. Si je trouve grâce devant l'Éternel, il me ramènera, et il me fera voir son arche et son tabernacle. S'il me dit: Vous ne m'agréez point; je suis tout prêt; qu'il fasse de moi ce qu'il lui plaira. Le roi dit encore en parlant à Zadoc: Si vous le jugez convenable, retournez aussi à la ville avec Achimaas votre fils, et Jonathan fils d'Abiathar; retournez l'un et l'autre avec vos deux fils. Pour moi je vais me cacher dans les plaines du désert, jusqu'à ce que vous m'envoyiez des nouvelles de l'état des choses. Zadoc et Abiathar [pg 187] reportèrent donc à Jérusalem l'arche de Dieu, et y demeurèrent. Cependant David montait la colline des Oliviers, et pleurait en montant. Il allait nu-pieds et la tête couverte: et tout le peuple qui était avec lui montait la tête couverte et en pleurant. Or David reçut nouvelles qu'Achitophel même était aussi dans la conjuration d'Absalom; et il dit à Dieu: O Eternel, renversez les conseils d'Achitophel. Car les conseils que donnait Achitophel étaient regardés alors comme des oracles de Dieu même. Lorsque David arrivait au haut de la montagne où il devait adorer l'Eternel, Chusaï d'Arach vint au-devant de lui, ayant ses vêtements déchirés, et la tête couverte de terre. David lui dit: Si vous venez avec moi, vous me serez à charge; mais si vous retournez à la ville, vous pouvez contribuer à dissiper le conseil d'Achitophel. Chusaï ami de David retourna donc à Jérusalem, et Absalom y entrait en même temps.

Ziba, Simeï. C'est dans l'adversité que l'on reconnaît les hommes.

A peine David avait-il dépassé le haut de la montagne, que Ziba, serviteur de Miphiboseth, vint au-devant de lui avec deux ânes chargés de deux cents pains, de cent paquets de raisins secs, de cent cabas de figues, d'un vaisseau plein de vin. Le roi lui dit: Que voulez-vous faire de cela? Ziba lui répondit: Les ânes sont pour servir de monture à la famille royale, les pains et les figues pour donner à ceux qui vous suivent; et le vin, afin que si quelqu'un se trouve faible dans le désert, il puisse en boire; le roi lui dit: Où est le fils de votre maître? Il est demeuré, dit Ziba, dans [pg 188] Jérusalem, en disant: La maison d'Israël me rendra aujourd'hui le royaume de mon père. Le roi dit à Ziba: Je vous donne tout ce qui était à Miphiboseth. Ziba lui répondit: Ce que je souhaite, mon seigneur et mon roi, c'est d'avoir quelque part à vos bonnes grâces.