Hérodes, homme rusé et intrépide, était allé à Rome se présenter devant le sénat et solliciter le trône. Sa demande lui fut accordée; et, secondé par Antoine et Octave, il réussit à se faire nommer roi d'Israël. Arrivé de cette manière au pouvoir et voyant le peuple mécontent de son [pg 272] règne, il exerça beaucoup de cruautés pour s'assurer du trône. Il fit tuer l'ex-roi Hyrcan quoiqu'il en eût épousé une des parentes nommée Mariane, et fit massacrer sans pitié tous les descendants de cette célèbre famille des Machabées. Pour gagner les bonnes grâces du peuple, il fit restaurer le temple de Jérusalem et ajouta à son ancienne magnificence. Or, toute la vie de ce roi ne fut qu'une série d'adversités et d'infortunes; souvent accablé par le malheur, il fut sur le point de se donner la mort. La cause première de ses afflictions fut la discorde et la division qui régnaient dans sa famille. Entraîné par la défiance, et sur les rapports calomnieux de sa sœur, l'infâme Salomé, il fit tuer son épouse Mariane et plusieurs de ses fils. Cinq jours seulement avant sa mort, il fit massacrer son fils aîné, Antipater, désigné dans son testament comme héritier du trône. Il mourut enfin d'une maladie chronique des plus douloureuses, à l'âge de soixante-dix ans, dans la trentième année de son règne. La postérité lui donna le nom d'Hérodes le Grand. Cependant sa grandeur ne fut qu'une profonde misère cachée sous les apparences d'une splendeur extérieure; car toutes ses actions n'eurent pour but que celui de satisfaire à son faux honneur.

Remarques générales.

On ne doit pas douter que l'établissement des synagogues pour l'exercice régulier du culte, ne soit une institution qui date d'une époque très-ancienne. L'usage de réciter dans ces lieux de prières, à certains jours de la semaine, quelques chapitres des livres de Moïse, est attribué [pg 273] à Esdras, cet infatigable restaurateur de la loi de Moïse. La grande assemblée, ordinairement appelée la grande synagogue, florissait dans le temps des derniers prophètes. C'est de cette assemblée que sont émanées nos prières journalières: principalement le Schema, une partie de la Tephila, les dix-huit bénédictions et, en outre, les grâces avant et après le repas.

Sous le règne de Simon Machabée, fut institué à Jérusalem le Sanhédrin, à qui l'on confia l'administration de la justice et l'interprétation de la loi. Le chef de cette assemblée s'appelait Nasi.

L'état des savants se divisait en trois classes. 1º Les Sopherim, qui s'occupaient de copier et de commenter l'Ecriture sainte. En leur qualité de membres de l'assemblée législative, on les appelait Chachamim (sages). 2º Les Rabbanim, qui instruisaient le peuple et prononçaient des discours publics. 3º Les Talmidim (élèves) qui, parvenus à un certain degré de science, étaient appelés Chaberim, c'est-à-dire, collègues de la société des savants.

La grande partie de la nation en Palestine et dans les environs de l'Euphrate s'occupait de l'agriculture et de l'industrie; ceux qui demeuraient dans l'Egypte, dans l'Asie Mineure et dans la Grèce faisaient pour la plupart le commerce.

C'est du temps d'Hérodes que nous trouvons les affaires intérieures du pays dans l'état le plus déplorable, première conséquence des cruautés de ce prince. Bien qu'il fît embellir le sanctuaire, il ne le fit pas administrer comme la religion l'exigeait: il disposa du pontificat à son bon plaisir, ne porta pas l'attention requise à cette grande institution des Sanhédrins, seul il fit les lois, et établit, selon sa volonté, des cours de justice.

[pg 274] Pendant ce malheureux état des choses, le peuple se divisait en trois partis. 1º Les Zélateurs, ou les défenseurs de la liberté, qui s'opposaient à tout ce qui était étranger soit à la religion, soit aux habitudes de la nation. Croyant à une restauration complète du royaume israélite, ils excitèrent la révolte et contribuèrent à la ruine du pays. 2º Ceux d'entre le peuple qui prétendaient que le Messie, tel qu'il était prédit par les prophètes, était près de venir. Ces hommes croyaient voir dès cette époque l'accomplissement d'une prophétie, qui, de nos jours encore, est loin de s'accomplir: car le temps où le royaume de Dieu sera établi sur la terre est encore bien reculé; ce temps où tous les hommes connaîtront et adoreront le seul vrai Dieu, où tous vivront entre eux en paix et en concorde. 3º La grande partie de la nation, qui était sincèrement attachée aux préceptes de la religion, se joignit aux savants interprètes de l'Ecriture sainte en professant leurs doctrines.—A la tête des écoles où étaient enseignées ces doctrines, se trouvaient deux grands hommes Hillel et Schammai, qui contribuèrent de tout leur pouvoir à développer la Loi et à relever le Rabbinisme. Cette école continua de travailler pendant quelques siècles à l'édifice du culte israélite.

La mission du Rabbinisme consistait à donner aux principes fondamentaux de la loi divine une enveloppe telle que cette vérité éternelle, révélée à Israël, pût braver les siècles et tous les orages qui attendaient la nation.