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Archelaus. Agrippa.

Après la mort d'Hérodes, Archelaus son fils lui succéda sur le trône. Ce prince mécontenta le peuple par ses actes arbitraires et par ses empiètements sur la religion. Des plaintes nombreuses ayant été portées à sa charge, il fut exilé à Vienne dans la Gaule par l'empereur Auguste. La Palestine fut alors réunie à la Syrie et administrée par des gouverneurs romains. Quoique le petit-fils d'Hérodes le Grand, Agrippa parvînt au trône quelque temps après, l'état des choses ne changea presque plus. Car le règne de ce dernier roi ne fut que de courte durée: Agrippa vint bientôt à mourir et, comme son fils était alors trop jeune pour monter sur le trône, le pays retomba de nouveau sous la domination immédiate des Romains et son administration fut confiée à leurs représentants. Ces gouverneurs étaient, pour la plupart, des hommes barbares qui opprimaient le peuple, le volaient et le traitaient tyranniquement. Il y en eut un du temps de l'empereur Néron, nommé Gesius Florus, dont la rapacité et la cruauté excitèrent le peuple à la révolte, malgré les efforts des plus sages qui voulaient arrêter l'insurrection en faisant entrevoir au peuple les tristes conséquences auxquelles ils allaient s'exposer. Ces hommes échouèrent dans leurs efforts devant les intrigants qui, placés à la tête de la révolte, savaient remuer adroitement les passions et forcer même les plus pacifiques à se ranger de leur parti. C'est ainsi que le soulèvement se répandant dans le pays fit des progrès rapides et devint enfin des plus menaçants. L'empereur Néron, pour étouffer la révolte, envoya alors une [pg 276] armée nombreuse sous les ordres de Vespasien et de Tite fils de ce dernier. Ce général rencontra souvent une résistance vigoureuse, dont il fut tellement exaspéré qu'il tua beaucoup d'Israélites, en vendit un plus grand nombre encore comme esclaves, et ravagea presque toutes les villes et tous les villages. Etant sur le point de marcher sur Jérusalem, Vespasien reçut la nouvelle de la mort de Néron et fut rappelé à Rome pour monter sur le trône. En quittant la Palestine, il remit le commandement des troupes à Tite son fils, lui enjoignant de s'emparer de Jérusalem et de ce qui restait encore à soumettre dans le pays. Lorsque Tite mit le siége devant Jérusalem, il y avait dans cette ville une grande affluence de peuple; les uns s'y étaient rendus pour chercher un refuge, les autres pour assister aux fêtes qui se célébraient à cette époque. Les Israélites se défendirent avec une grande bravoure et opposèrent aux Romains une si terrible résistance que Tite lui-même commençait à désespérer de la conquête de cette ville. Mais la dissension qui régnait parmi les différents chefs des partis, fit bientôt éclater la guerre civile dans l'intérieur de la ville. Les partis ne songèrent qu'à se nuire. Les crimes les plus atroces et les plus horribles forfaits s'y commirent alors. Les hommes les plus distingués et les plus nobles furent tués ou massacrés, toutes les munitions et provisions de bouche furent brûlées ou détruites et la famine commença à se déclarer d'une manière affreuse. Quoique épuisés par la guerre civile, exténués par la famine et par de nombreuses maladies, les Israélites ne cessèrent de se défendre avec une grande bravoure et une grande adresse; mais les Romains parvinrent enfin à escalader les murs de Jérusalem et à pénétrer dans l'intérieur de la ville où ils firent un carnage [pg 277] horrible. Le nombre de ceux qui périrent pendant le siége et lors de la prise de la ville, est porté à un million cent mille hommes, et ceux qui furent pris et vendus comme esclaves à quatre-vingt-dix-sept mille. Le temple fut réduit en cendres, le pays entièrement dépeuplé et les habitants dispersés dans toutes les parties du monde.

C'est depuis lors qu'Israël a perdu toute nationalité, qu'il a cessé d'être un seul peuple. Dix-huit siècles presque se sont écoulés, et pendant ce long espace de temps, Israël vit encore dispersé parmi les différentes nations de la terre, participant à leur histoire et partageant avec elles un sort commun. Bien qu'il eût beaucoup à souffrir au milieu de toutes ces nations; que la tyrannie, l'ignorance et le fanatisme lui attirassent beaucoup de maux; que l'injustice prolongeât son règne pendant de longues années et se soutînt de siècle en siècle: grâce à la providence divine, cette oppression honteuse, ce mépris des droits de l'homme a cessé à l'approche de la vraie connaissance de Dieu, aux approches d'une civilisation éclairée. C'est au dernier siècle surtout, qu'il fut réservé de faire triompher la raison sur la prévention, et la justice sur l'aveugle arbitraire. A l'heure qu'il est, une grande partie des nations ont commencé à avouer leurs torts et se hâtent de réparer leurs fautes. Confondu et assimilé à la société humaine, Israël n'a donc plus qu'une seule tâche à remplir sur la terre, savoir: de conserver son indépendance religieuse; de ne jamais cesser d'entretenir la pureté de sa croyance révélée à Sinaï; de la nourrir au sein de ses familles, afin qu'il continue d'être le dépositaire de la Loi divine, un prêtre de Dieu, placé à tous les coins de la terre pour enseigner et pour répandre la connaissance de l'Eternel, du vrai, seul et unique Dieu, et alors seront accomplies ces paroles divines à Abraham: [pg 278] «Toutes les familles de la terre seront bénies en toi.» Qu'Israël continue à remplir cette mission sainte et glorieuse, jusqu'à l'entier accomplissement de la parole du prophète et alors arrivera le jour dont il est dit: «Dans les derniers temps, la montagne de la maison de l'Eternel sera fondée sur le haut des monts, et s'élèvera au-dessus des collines: les peuples y accourront, et les nations se hâteront d'y venir en foule, en disant: Allons à la montagne de l'Eternel, à la maison du Dieu de Jacob; il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers; parce que la Loi sortira de Sion; et la parole de l'Eternel de Jérusalem.»

FIN.

Notes

[1]Le but de ce récit semble être: l'invention des instruments métalliques (le couteau, le poignard, le glaive) rendait alors le meurtre plus facile et plus fréquent, de sorte qu'on commençait à craindre d'être massacré par le premier venu. Tel est le sens de ce passage: Lemech en rassurant ses femmes s'écrie: N'ayez pas peur, quiconque voudra nous tuer je l'assommerai; et certes je n'aurai pas alors à craindre la punition de Dieu, car, si Caïn, entraîné au meurtre par l'envie, la jalousie et la fureur, ne devait cependant pas être tué impunément, à plus forte raison ne le serai-je pas moi qui n'aurai commis un meurtre qu'en défendant notre vie.
[2]En considérant la longue suite d'années que les patriarches ont vécu, on peut aisément conclure que dans les premiers temps, les révélations divines furent exactement communiquées et transmises de génération en génération.
[3]Car Isaac, ce tendre père, ne pouvait s'imaginer qu'Ésaü son fils bien aimé eût agi d'une manière si méprisable à l'égard du droit d'aînesse, et qu'il l'eût vendu pour un plat de lentilles.