HENRI MAZEL

Ce qu’il faut lire dans sa vie

ONZIÈME ÉDITION

PARIS
MERCVRE DE FRANCE
XXVI, RUE DE CONDÉ, XXVI

MCMXVII

DU MÊME AUTEUR

JUSTIFICATION DU TIRAGE :

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Un homme d’une quarantaine d’années (c’est la longueur moyenne de la vie) et qui, ayant toujours aimé à lire, fait le compte rapide de ce qu’il n’a pas lu, est frappé d’épouvante. Quoi ! de tant de génies, de tant d’auteurs illustres, il ne connaît rien ! Et probablement ne connaîtra-t-il jamais rien, car avec la quarantaine arrive aussi la lassitude. Les enfants grandissent, les devoirs professionnels s’aggravent, la curiosité d’esprit baisse. Et puis parfois les yeux se fatiguent, la jeunesse est loin sous l’horizon. S’il n’a pas lu les poètes, ce n’est pas à cet âge qu’il les lira. S’il n’a pas ouvert les philosophes, ce n’est pas alors qu’il voudra les ouvrir. Peut-être, s’il a conservé l’amour des livres, prendra-t-il de temps en temps dans sa bibliothèque un classique, ou, en s’apercevant, rouge de honte, qu’il n’a jamais lu Homère ou la Bible, se condamnera-t-il héroïquement à les avaler. Pauvre Bible ! Pauvre Homère ! je parierais bien que pas un Français sur cent, même en ne parlant que des lettrés, ne les a lus !