Inventeur de ce critérium, il en indiqua fraternellement la commodité à un critique très-influent, qui n'attend qu'une occasion de lui prouver sa reconnaissance, en lui étant le plus confraternellement désagréable qu'il se pourra.
Mais, bonne ou mauvaise, la critique du rédacteur pour tout faire est généralement obligeante: dire ou faire du mal lui serait pénible, ou même embarrassant. C'est la seule chose qu'il ne sache pas ou ne veuille pas faire. Sa plume est un outil, et jamais une arme.
Quand il rencontre un confrère, il a toujours un mot aimable à lui dire à propos de ce qu'il a publié récemment. L'amabilité se retrouvera au bout de sa plume le jour où il se rassemblera autour de sa table de rédaction pour faire le journal. Le rédacteur pour tout faire semble posséder le don d'ubiquité,—il est partout en même temps;—il fait honnêtement et discrètement son métier, sans prétentions et sans bruit.
Ce n'est pas cependant qu'il ne possède, comme tous les humains bien organisés, la petite dose d'amour-propre qui est nécessaire à l'homme pour vivre,—comme l'air et le soleil.
Aussi, quand un abonné s'est fait inscrire dans la journée, il se serre la main à lui-même, et se dit, avec un légitime orgueil, en prenant un maintien et une voix de rédacteur en chef:
—Votre dernier article a fait de l'effet.
Et il a, en effet, différentes raisons pour être convaincu que c'est son article et pas celui d'un autre.
Quand il a exercé ses fonctions pendant quelque temps, il tente de se constater à lui-même son influence, en essayant de faire engager sa maîtresse dans un petit théâtre.—Il réussit ordinairement.
Quelquefois il songe à se marier,—et jamais à être de l'Académie.
On ne lui connaît ni ennemi ni envieux.—Christophe-Colomb lui-même ne pourrait pas lui en découvrir un.