IV

le caudataire

Comme son nom l'indique, ce personnage est celui qui tend à se coudre aux individualités, possédant, soit la célébrité, la réputation, ou même la simple notoriété.

Cette sorte de sigisbéisme naît quelquefois de la sympathie que l'on éprouve pour les œuvres d'un écrivain, et de l'attachement que vous inspire sa personne. Comme toute chose sincère, ce sentiment est alors honorable et mérite le respect, même dans ce que peut avoir d'outré, l'admiration caniche du caudataire désintéressé.

Le plus souvent aussi, ce n'est que l'exploitation réglée de l'orgueil légitime de ceux qui ont su se conquérir un nom, par la vanité ridicule de ceux qui ne s'appellent pas.

Les millions en moins, le caudataire ressemble aux anciens rustauds de finance qui consentaient à vider l'humiliation à pleine tasse, et à verser les écus à plein sac, pour être aperçus du vulgaire, montant dans les carrosses des grands seigneurs. Le seul désir du caudataire est aussi de monter dans les carrosses de la renommée—ne fût-ce que par derrière.

Les romanciers en vogue, les auteurs dramatiques, rois de la coulisse, les journalistes en puissance de feuilleton ont leurs caudataires, et particulièrement les coupe-toujours de la critique, qui débitent la galette et le flanc de la réclame.

Le nombre des caudataires varie en proportion de la réputation ou de l'influence que peuvent exercer sur le public les célébrités des divers genres de littérature.

Les fonctions du caudataire sont purement honorifiques, mais en revanche elles sont fatigantes.—Cependant c'est une charge très-courue. On ne l'obtient pas du premier coup. Il faut faire une espèce de stage avant de devenir titulaire.

Plusieurs qualités sont requises pour être bon caudataire; comme au jeu des enfants: «Bonjour, maître, quel métier veux-tu être? Il faut, tire-li-faut d'abord n'être pas bon à autre chose, et avoir du temps à perdre.» Si le caudataire possède une opinion, il devra lui attacher une pierre au cou et la jeter dans l'endroit le plus profond de la Seine.