De vocation, il n'en a aucune.

Il commence cette périlleuse lutte, sans plus d'émotion qu'il entamerait une partie de piquet. Son ignorance même devient pour lui un brevet d'outrecuidance.

À peine consentirait-il, en manière de mise en train, à acheter une main de papier.

L'œuvre achevée, chose ordinairement sans forme et sans fond,—mannequin d'idée, grotesquement vêtu de loques de style ramassé sous les piliers des halles littéraires, il s'étonnera que le fœtus ne marche pas tout seul, et il commencera à s'alarmer à propos, de l'indifférence coupable du siècle en matière de chef-d'œuvre—inédit?

Alors, montrant le poing au ciel, et montant sur toutes les tables d'estaminet pour insulter les astres, le Jérémie, entre la chope et la pipe, commencera à déplorer son malheureux sort de poëte.

Avec des sons de mandoline enragée, il répétera toutes les vieilles rengaines auxquelles ont servi de type les trépas de Gilbert et de Malfilâtre—qui ont eu le malheur de rester les patrons des incompris qui ont toujours leurs noms à la bouche, et ne cessent de soupirer à propos de ces deux victimes de l'art:

—Ô muse marâtre!

Quelque âme charitable, se laissant prendre à cette comédie, consent quelquefois à patroner l'œuvre du Jérémie et lui ouvre la voie de la publicité.

Il arrive nécessairement ce qui devait arriver.

Le public ne s'en préoccupe pas,—le chef-d'œuvre n'est feuilleté que par le vent, qui court des bordées dans les nécropoles littéraires des quais.