L'Asiatique donne alors à ses administrés un nouveau spectacle de ses fureurs grandioses, qui eussent été si profitables à contempler pour un peintre de tempêtes.

Un machiniste s'offre pour remplacer l'acteur démissionnaire. On lui demande un essai: le machiniste aboie comme une meute. Un cerf en carton, qui était sur le théâtre, en est même tellement effrayé, qu'il prend la fuite.—L'Asiatique, satisfait, ouvre sa tabatière au machiniste pour lui prouver sa reconnaissance.—Le machiniste n'en use pas.—Il demande seulement un petit feu pour sa complaisance.

—Vous feu! Pourquoi? fit l'Asiatique feignant de ne pas comprendre.—Pas froid,—oranges sur les arbres;—plus d'hiver:—pas besoin feu.

Le machiniste met les points sur les i,—il demande dix sous par représentation.

L'Asiatique refuse en arabe,—le machiniste en français.—Entr'acte trop long.—Public tape des pieds,—commissaire arrive sur le théâtre.—Directeur veut s'expliquer.—Tout le monde parle nègre, on se croirait dans la case de l'oncle Tom.

À la fin,—comme il fallait lever le rideau,—l'Asiatique prend un parti vif et animé.

—Rideau,—commencez acte,—moi faire chien tout seul, et moi pas donner dix sous à moi.

Seulement, pour se prouver sa reconnaissance,—il s'ouvre sa tabatière et s'offre une prise,—qu'il se refuse.

Il fit chien lui-même, et le fit en effet si bien que tout le public se mit à appeler Azor.

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