—Vous alors marquer chien à l'amende,—quand il sera trouvé.

Tout le monde se met à la poursuite du chien.—On fouille le théâtre des cintres au troisième dessous.—Recherches inutiles.

—La pièce passe demain, dit l'un des auteurs,—on n'aura pas le temps de faire répéter une nouvelle bête. Il faut en louer une tout instruite, qui puisse jouer demain.—On peut se procurer cela au théâtre des Chiens savants.

À cette proposition, dans laquelle sa lésinerie flaire de nouveaux frais,—l'Asiatique refuse net.

—Vous, couper scène du chien, dit-il aux auteurs.

—Nous, pas couper,—répondent ceux-ci,—vous, recevoir pièce avec chien,—vous, fournir chien pour jouer pièce, ou bien nous, envoyer à vous petit papier timbré.

Comme la discussion menaçait de ne point prendre fin, l'acteur L..., un des meilleurs comiques de Paris, qui passe avec Brasseur pour savoir le mieux faire les imitations, proposa aux auteurs de se fier à lui pour imiter le chien, et il leur donna sur-le-champ un si complet échantillon de l'organe canin, que l'on crut un instant le pensionnaire fugitif retrouvé.

L'Asiatique, voulant donner à l'artiste qui se montrait si plein de bonne volonté une preuve de sa reconnaissance, vint sur-le-champ lui offrir une prise—sachant qu'il ne prenait pas de tabac.

À la satisfaction du public, qui ne supposa point la supercherie, le comique imita le chien pendant les vingt représentations premières.—Mais, comme les gens qui gasconnent ou grasseyent en voulant imiter le jargon girondin ou marseillais, l'artiste s'aperçut avec inquiétude qu'il commençait à parler chien pour de bon, dans la vie privée.

Quand on lui disait bonjour, il répondait involontairement: ouah-ouah! Quand le garçon de café lui demandait ce qu'il fallait lui servir, il répondait encore: ouah-ouah! Mais, histoire extraordinaire, non-seulement il parlait la langue canine, mais encore, il la comprenait; et, lorsqu'il rencontrait un braque, un caniche, il ne pouvait s'empêcher d'aller se mêler à leur conversation.—Enfin, un soir, en s'habillant dans sa loge, il s'aperçut avec horreur qu'il lui poussait du poil d'épagneul.—Effrayé des dangers de cette identification, ce soir-là même, l'artiste en question refusa positivement de donner de la voix dans la coulisse.