Les gens soi-disant bien informés envoyaient des nouveautés de ce genre:
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«Pendant la campagne d'Egypte, le général Bonaparte, montrant les pyramides à ses troupes, leur adressa ces paroles mémorables: «Soldats! du haut de ces monuments, quarante siècles vous contemplent!»
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«Un plaisant, rencontrant dans la campagne un médecin qui allait faire ses visites en chassant, lui demanda spirituellement s'il avait besoin d'un fusil pour ses malades.»
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Ce genre de nouvelles à la main ne tarda pas à attirer aux propriétaires du Corsaire quelques lettres, dans lesquelles on leur demandait un désabonnement de faveur. Virmaître, obligé de convenir que les petits crétins du père Saint-Aime avaient un peu plus d'imagination que les autres, se montra disposé à leur faire quelques concessions. Une combinaison fournie par le hasard lui permit de se montrer généreux sans porter atteinte aux traditions de l'économie.
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À cette époque, Williams Rogers, qui avait des relations avec le journal, où il faisait imprimer des réclames, avait eu l'idée de composer un poëme didactique intitulé: Les Osanores ou la Prothèse dentaire. Avant de le publier, il apporta son poëme à Saint-Alme, avec lequel il était lié, et lui demanda quelques conseils.—Saint-Alme lui conseilla d'abord de mettre sa poésie en pension dans une maison d'orthopédie. Il n'y avait pas, en effet, un vers qui ne fût bossu, boiteux, bancal ou pied-bot. Si M. Bovary avait vécu à cette époque, le poëme des Osanores aurait pu lui fournir une magnifique clientèle. Sur la proposition de Saint-Aime, Williams Rogers consentit à faire corriger son manuscrit, et à payer les corrections cinquante centimes le vers.
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