Le lendemain de cette convention, une estafette se transportait au café Momus, où les révoltés avaient établi leur camp.—On leur proposait de transiger. Après une allocution paternelle, l'éloquent Virmaître leur fit comprendre que leur demande en augmentation de salaire n'était pas en rapport avec les bénéfices actuels du journal, mais qu'on en prenait note pour l'avenir.—Il s'engagea même, sur l'honneur, à donner les dix centimes la ligne réclamés, le jour où le Corsaire aurait cent mille abonnés:

—Mais en attendant? dit l'un des conjurés.

—En attendant, reprit Virmaître, comme nous comprenons qu'il faut que jeunesse s'amuse, nous avons décidé qu'un encouragement vous serait accordé.—Saint-Alme, vous avez la parole.

Saint-Alme, montrant aux jeunes crétins, qui étaient tous plus ou moins rimailleurs, le manuscrit des Osanores, leur expliqua sous quelle forme l'encouragement en question leur serait accordé. La rédaction du journal restait maintenue à son ancien chiffre; mais chacun des rédacteurs privilégiés recevrait comme prime une certaine quantité de poésie osanorienne à remettre sur pied, moyennant une gratification de 50 cent. le vers.

Le tarif des encouragements était ainsi gradué:

Un feuilleton intéressant donnerait droit à une prime de 40 vers;

Une nouvelle à la main bien renseignée, 20 vers;

Un article susceptible d'amener un changement de ministère, 25 vers;

Un article susceptible d'amener une demande en réparation, 30 vers;

(Le journal, dans cette circonstance, s'engageait à fournir les témoins et le fiacre.)