Le prospectus de la Compagnie sera bientôt publié: les actions sont déjà cotées à une forte prime.

La fièvre d'agio a tellement gagné les Parisiens, que, si la fin du monde—dont il a été aussi question—était un fait annoncé officiellement, ils ne verraient dans ce grand dénouement de l'humanité qu'un prétexte à la baisse,—et avant de se repentir et de songer à leur salut, ils commenceraient par courir chez les agents de change pour les prier de vendre, et les trompettes des archanges auraient peine à dominer la voix des coulissiers annonçant le dernier cours aux fidèles du lucre rassemblés dans la cathédrale de leur dieu.

Que les deux graves événements redoutés par la science s'accomplissent ou non, l'absence de l'hiver se fait visiblement sentir.

Un journal racontait l'autre jour lui-même les nombreux suicides remarqués dans la classe des marchands de bois et des marchands de fourrures.—Ces industries ne sont pas les seules qui aient été atteintes par la bénignité de la saison.

La profession de ramoneur est devenue une sinécure. Que voulez-vous qu'on ramone quand la cheminée n'est plus qu'un objet d'art? Qui est-ce qui fait du feu maintenant? Il n'y a plus que M. B..., qui n'en faisait jamais autrefois quand il avait du monde à dîner dans l'hiver, dans l'espérance que ses convives, ayant attrapé des engelures entre le potage et le premier service, s'en iraient avant l'apparition du second. Aujourd'hui, M. B... emploie le même moyen en sens inverse.—Il bourre son poêle de telle façon que sa salle à manger est transformée en piscine pour les maladies de peau.

Il me manque, et à bien d'autres aussi peut-être, ce mélancolique cri des enfants de la Savoie: À pau apin!

Douillettement couché dans un lit moelleux, au fond d'une alcôve entourée de rideaux épais et lourds, c'était chose douce d'entendre le matin monter à travers l'humidité du brouillard le monotone refrain de ces pauvres cigales de la neige, marchant deux à deux, le père toujours suivi de l'enfant.—Mal vêtus et frissonnant de tout leur corps, mordus par les bises affamées, en suivant chacun un trottoir;—ils alternaient leur appel, guettant aux fenêtres l'apparition d'une ménagère qui leur fît signe de monter.

À pau apin! chantait d'abord le père en traînant sa voix dont la dernière note était étouffée par le bruit de ses grossiers sabots sonnant sur le pavé.

À pau apin! reprenait le petit avec une voix d'enfant de chœur à matines.

En entendant ce duo matinal,—comme on sentait bien l'hiver sans le voir,—comme on voyait bien les toits blancs, les branches des arbres noires, et les glaçons, et toutes les rigueurs des climats du Nord!—Comme on trouvait alors plus douce l'atmosphère de la chambre bien close!—comme on savourait avec délices le far niente matinal de l'oreiller.