À pau apin! c'est-à-dire il neige, il pleut; mais il est si matin et il fait si froid, que l'heure gèle en sonnant.—Comme je suis bien dans mon lit!—Qu'est-ce que je ferai tantôt? Ceci ou cela?—Qu'est-ce que je vais manger à mon déjeuner?

À pau apin!—Peu à peu on se réveille.—On sort tout à fait du lit; un coup de sonnette a retenti.—L'argent que vous pouvez avoir s'est mis à trembler d'effroi dans votre secrétaire:—il a reconnu l'ennemi, l'intelligent métal!—C'est un créancier qui vient vous demander de l'argent pour payer ses dettes.—Si vous êtes farceur, vous lui répondez de loin:

—Faites comme moi, ne les payez pas.

Quelquefois il en arrive un autre, puis deux, puis trois.—Alors ils se mettent à causer, sur le carré, de leurs petites affaires en attendant que vous sortiez... Il y en a même qui se mettent à lire le journal; d'autres qui apportent des cartes et jouent au piquet.—De temps en temps ils sonnent pour voir si vous les entendez... puis ils se décident à s'en aller, et s'en vont déjeuner en chœur au café, où ils se mettent à jouer au billard, et le soir ils ont dépensé vingt-cinq francs—au lieu de payer leurs dettes.

Quelquefois, ce n'est pas le drelin de la sonnette qui vous éveille,—c'est le grattement clandestin d'une petite main impatiente:—vous n'iriez pas ouvrir, que la porte s'ouvrirait d'elle-même plutôt que de la laisser se morfondre une minute, cette matinale visiteuse qui vous arrive, bouquet de roses rouges aux joues, bouquet de violettes aux mains—tandis que l'hiver chante dans la rue par la voix du ramoneur: À pau apin!... à pau apin!...

C'est quelque gentille fillette qui s'en va tirer l'aiguille toute la journée dans un magasin.—Pour se donner du cœur à l'ouvrage, elle est montée vous voir un moment en passant, parce que vous demeurez sur son chemin,—dit-elle, la menteuse,—histoire de vous dire bonjour et de prendre un petit air d'amour.—Elle babille, elle frétille, elle tournille et furète dans votre chambre avec un gentil fredon d'oiseau désencagé.

Puis, quand elle a fait ses quinze tours, donné partout son coup d'œil, sans oublier la glace, donné son coup de dent au morceau de sucre qui traîne, elle se sauve en vous jetant sur votre lit son petit bouquet de violettes d'un sou, qui ne vous coûte qu'un baiser.—Pauvre petite! pensez-vous en la voyant partir, elle va avoir froid.—Elle, froid!—Ah! bien oui.—La neige fond en la voyant passer. Et pendant que la voix de votre gentille fleuriste murmure encore dans l'escalier, le ramoneur et son enfant y mêlent lointainement leur refrain: À pau apin!

Mais, hélas! on ne l'entend plus, ou presque plus, ce refrain monotone, dont les frileux sybarites se faisaient un plaisir; et, en vérité, il me manque aussi à moi et à d'autres peut-être. Ô volupté singulière de l'égoïsme, qui aime à augmenter la dose de ses jouissances en opposant son bien-être à la privation des autres, et sa paresse avec le labeur de ceux pour qui le bien-être n'est qu'un mot et pour qui la paresse serait un vice!

Que vont-ils faire ces pauvres ramoneurs,—maintenant que l'hiver est supprimé,—et que deviendra leur petite raclette?

M. Hornung, qui a fait avec eux de si mauvais tableaux; plusieurs compositeurs qui les ont mis en musique dans plusieurs milliers de romances commençant par