Du jour où le Charançon a eu un article imprimé, ce ne sont plus des talons qu'il a à ses souliers, ce sont des piédestaux.

Dès qu'il a constaté son existence par une première publication, il utilise ce précédent pour se faire comprendre parmi les collaborateurs des feuilles éphémères destinées à mourir du CROUP littéraire à l'âge de deux ou trois numéros. Dans ces journaux qui ne font que s'entr'ouvrir, le caissier demeure, pour les rédacteurs, constamment caché dans les nuages de l'incognito le plus épais.

Mais le Charançon, qui travaille seulement pour la gloire, ne demande pas d'abord à être payé.

Un Charançon, qui faisait valoir cette raison, comprise du rédacteur en chef d'un journal qui rétribue largement ses écrivains, en reçut cette réponse:

—Monsieur, mon journal n'est pas assez riche pour se permettre d'avoir de la rédaction gratis; adressez-vous aux publications qui peuvent se procurer le luxe de se passer de public.

Peu à peu cependant, à force d'intrigue, à force de se remuer, le Charançon finit par acquérir ce qu'on pourrait appeler une réputation de prospectus.

Il a fourré l'annonce de ses ouvrages dans tous les spécimens. Il se montre plus exigeant, il croit à son avenir, et il parvient même à y faire croire quelques autres.

Le jour où il a fait imprimer quatre cents lignes, il les collectionne et les offre à la Société des gens de lettres, avec une demande de réception dans son sein.—S'il est reçu, il se hâte de faire graver des cartes, sur lesquelles il ajoute après son nom:

Membre de la Société des gens de lettres.

III