—Vous les donnerez à sa femme, ajouta le peintre en rendant les quittances; nous sommes d'honnêtes gens, et nous ne voulons pas profiter de son état.
—Ô mon Dieu! Qu'est-ce que va dire madame? fit la servante en entraînant le propriétaire, qui ne pouvait plus se tenir sur ses jambes.
—Enfin! s'écria Marcel.
—Il reviendra demain, dit Rodolphe; il a vu de l'argent.
—Quand il reviendra, fit l'artiste, je le menacerai d'instruire son épouse de ses relations avec la jeune Phémie, et il nous donnera du temps.
Quand le propriétaire fut dehors, les quatre amis se remirent à boire et à fumer. Seul, Marcel avait conservé un sentiment de lucidité dans son ivresse. D'instant en instant, au moindre bruit des pas qu'il entendait dans l'escalier, il courait ouvrir la porte. Mais ceux qui montaient s'arrêtaient toujours aux étages inférieurs; alors l'artiste venait lentement se rasseoir au coin de son feu. Minuit sonna, et Musette n'était point venue.
—Au fait, pensa Marcel, peut-être n'était-elle point chez elle quand on lui a porté ma lettre. Elle la trouvera ce soir en rentrant, et elle viendra demain, il y aura encore du feu. Il est impossible qu'elle ne vienne pas. Allons, à demain. Et il s'endormit au coin de l'âtre.
Au moment même où Marcel s'endormait, rêvant d'elle, Mademoiselle Musette sortait de chez son amie, Madame Sidonie, chez qui elle était restée jusque-là. Musette n'était point seule, un jeune homme l'accompagnait, une voiture attendait à la porte, ils y montèrent tous deux; la voiture partit au galop.
La partie de lansquenet continuait chez Madame Sidonie.
—Où donc est Musette? s'écria tout à coup quelqu'un.