Et, ayant remarqué un mouvement échappé à Rodolphe qu'elle ne quittait pas des yeux tout en parlant à son ami, Mimi reprit:
—Ah! mais, je ne pose que pour la tête et pour les mains. J'ai beaucoup d'ouvrage, et on me doit de l'argent dans deux ou trois endroits; j'en recevrai dans deux jours, c'est d'ici là seulement que je voudrais trouver où loger. Quand j'aurai de l'argent, je retournerai dans mon hôtel. Tiens, dit-elle en regardant la table, où se trouvaient encore les préparatifs du modeste festin auquel les deux amis avaient à peine touché, vous allez souper?
—Non, dit Marcel, nous n'avons pas faim.
—Vous êtes bien heureux, dit naïvement Mimi.
—À cette parole, Rodolphe sentit son cœur qui se serrait horriblement; il fit à Marcel un signe que celui-ci comprit.
—Au fait, dit l'artiste, puisque vous voilà, Mimi, vous partagerez la fortune du pot. Nous nous étions proposé de faire réveillon avec Rodolphe, et puis... ma foi, nous avons pensé à autre chose.
—Alors, j'arrive bien, dit Mimi, en jetant sur la table où était la nourriture un regard presque affamé. Je n'ai pas dîné, mon cher, glissa-t-elle tout bas à l'artiste, de façon à ne pas être entendue de Rodolphe qui mordait son mouchoir pour ne pas éclater en sanglots.
—Approche-toi donc, Rodolphe, dit Marcel à son ami nous allons souper tous les trois.
—Non, dit le poëte en restant dans son coin.
—Est-ce que ça vous fâche, Rodolphe, que je sois venue ici? Lui demanda Mimi avec douceur; où voulez-vous que j'aille?