—N'oubliez pas que les toasts politiques sont interdits, lui cria Tristan.
—Je bois à la Mort, dit Ulric en portant le verre à ses lèvres, après avoir salué sa voisine masquée.
—Et moi, répondit Fanny en buvant à son tour... je bois à la jeunesse, à l'amour. Et comme un éclair qui déchire un nuage, un sourire de flamme s'alluma sous son masque de velours.
En entendant cette voix Ulric tressaillit sur sa chaise, et, prenant dans sa main la main que Fanny lui abandonna, il lui dit:
—Répétez, répétez, madame....
Fanny reprit son verre, qu'elle n'avait achevé qu'à demi, et répéta avec un accent d'enthousiasme juvénile:
—Je bois à la jeunesse, je bois à l'amour!
—C'est impossible.... Cette voix, d'où vient-elle? Ce n'est pas cette femme qui a parlé. De quelle tombe est sortie cette voix? Quelle est cette femme? murmura Ulric en interrogeant du regard Tristan, qui se borna à lui répondre: «Vous avais-je menti?»
Mais tout à coup, sur un geste de Tristan, Fanny laissa tomber le capuchon de son domino en même temps qu'elle détachait son masque, et avec une grâce adorable elle se retourna vers Ulric, et lui dit en lui parlant de si près qu'il sentit la fraîcheur de son haleine:
—Me ferez-vous raison, monsieur le comte?