En voyant le visage de Fanny, Ulric resta muet, foudroyé, presque épouvanté.

Fanny était admirablement belle ce soir-là.

Une couronne de petites roses naturelles était posée sur son front comme une auréole printanière, et les brins de son feuillage faisaient une alliance charmante avec ses beaux cheveux blonds, dont les crêpelures avaient l'éclat lumineux de l'or en fusion. C'était, comme idéalisée par un poète mystique, une de ces adorables figures qui sourient si doucement dans les toiles de Greuze.

—Rosette! ma Rosette!... c'est Rosette!... s'écria Ulric à demi fou.

—Pour tout le monde je m'appelle Fanny, dit la jeune femme en inoculant à Ulric une exaltation qui croissait à chaque coup de son regard bleu, je m'appelle Fanny; j'ai dix-huit ans, et je suis une des dix femmes de Paris pour qui les hommes les plus considérables marcheraient à deux pieds sur tous les articles du code pénal. La porte par où l'on sort de mon boudoir ouvre sur le bagne ou sur le cimetière, et pour y pénétrer, il y a des pères qui ont vendu leurs filles, il y a des fils qui ont ruiné leur père. Si je voulais, je pourrais marcher pendant cent pas sur un chemin de cadavres, et pendant une lieue sur un chemin pavé d'or; pour l'instant où je vous parle, je suis presque ruinée à cause d'un accès de confiance que j'ai eu dans un moment d'ennui. Aussi, pendant un mois, vais-je coûter très cher. Voilà quelle femme je suis, monsieur le comte, ajouta Fanny en terminant son cynique programme, et, par un dernier coup d'œil provocateur, elle sembla dire à Ulric:

—Maintenant, monsieur, que désirez-vous de moi?

Mais celui-ci avait à peine écouté ce qu'elle avait dit; il n'avait entendu que le son de la voix sans prêter d'attention aux paroles; il regardait fixement Fanny, comme on regarde un phénomène, et n'interrompait sa contemplation que pour murmurer de temps en temps:

—Rosette! Rosette!

—Eh bien! vint lui demander tout bas son ami Tristan, ce que vous avez vu ne vaut-il pas la peine du voyage que je vous ai fait faire?

—Mais, maintenant que je suis venu, je ne pourrai plus repartir, dit Ulric en montrant Fanny, qui feignait d'être indifférente à la conversation des deux hommes, bien qu'elle n'en perdît pas un mot.